L’AGET surgit à un
moment où le gouvernement togolais a entrepris un redressement global de
l’économie du pays. Pourquoi ?
Jean-Daniel SETHO : Le Togo a traversé une longue crise et les
sociétés en ont souffert énormément. L’économie étant en lambeaux, il est
impérieux de relever ce défi.
D’où
la nécessité, pour une trentaine de sociétés de renom, installées sur le
territoire douanier, avec au moins 2 milliards FCFA de chiffre d’affaires
pour les sociétés industries et au moins 500 millions FCFA pour les
sociétés de services, de se regrouper.
Quelle est la véritable mission que
s’est donnée l’AGET ?
JDS :
L’AGET est comme un syndicat qui fait des propositions et défend ses
intérêts. Elle entend contribuer efficacement à l’évolution de
l’environnement économique en étant un interlocuteur actif.
Il faut exister et
avoir du souffle pour aller au bout de votre vision. Comment voyez-vous les
Accords de partenariat économique (APE) ?
JDS :
Il faudrait que les pays du Sud réfléchissent bien pour savoir ce qu’ils
veulent exactement. Je ne crois pas à ces Accords-là. Je dis, faisons nos
propres accords d’abord, restructurons nos propres économies, fédérons nos
économies et, après, on ira vers les autres. En Afrique, il y a plusieurs
Etats qui ont des biens et services qu’on peut fédérer, regrouper et donner
beaucoup plus de puissance aux regroupements comme la CEDEAO, la CEMAC, etc. Nous avons
beaucoup de chose à revoir. Les Africains doivent prendre conscience qu’ils
sont une force.
En fait, quel est
votre véritable poids dans l’économie togolaise pour nourrir une telle
ambition ?
JDS :
Nous contribuons de façon très significative à l’économie togolaise ! Notre
contribution au PIB est forte et la valeur de nos projets cumulés
d’investissements dépasse 92 milliards de francs FCFA.
« Ça
urge d’assainir ce secteur et je crois que l’Etat s’y emploie énormément.
Ce qui a coulé la plupart de nos banques, ce sont les prêts non
remboursables, consentis, pour la plupart, vers des sociétés d’Etat. »
L’AGET
contribue pour 32 milliards au budget de l’Etat, sous forme d’impôts et
taxes, avec un chiffre d’affaires annuel cumulé supérieur à 150 milliards
de FCFA.
Pourquoi cette limitation aux seules
grandes entreprises ?
JDS :
C’est pour être efficace. Il faut noter que l’action que nous comptons
mener ne va pas s’arrêter seulement aux grandes entreprises. Cette
dénomination veut identifier les acteurs clefs de l’économie. Il n’y a pas
d’exclusion. Nous voulons simplement nous identifier, par notre poids et
notre contribution, à l’économie du pays.
L’AGET s’est dotée
d’un Livre Blanc, un document diagnostic de base de l’économie togolaise.
Que dit ce livre ?
JDS :
Vous ne pouvez pas participer à l’économie sans connaître l’état des lieux.
Ce Livre Blanc, l’édition 2008, a fait l’état des lieux de l’économie
togolaise dans toute son ampleur, dans tous les secteurs, dans tous les
domaines. Nous avons essayé de passer au peigne fin toute l’économie du
pays, secteur par secteur, les insuffisances et manquements et, ensuite,
nous avons fait des propositions dans le sens d’un redressement de
l’économie.
Quelle a été la réaction des autorités togolaises ?
JDS :
Elles ont très positivement accueilli ce Livre. Il a été un succès pour
nous, parce que nous ne nous attendions pas du tout à cet accueil si
enthousiaste qu’ont réservé les autorités togolaises. Le Ministère de
l’industrie et de la zone franche a même organisé, sur ce Livre, une
journée portes ouvertes où plusieurs ministres sont intervenus chacun dans
son secteur. Les institutions, dont la Banque mondiale, le FMI et le PNUD, ont reçu le
Livre et le retour a été très positif. Nous avons reçu des satisfecit d’un
peu partout.
Dans quel rapport allez-vous évoluer pour cette relance économique
?
JDS :
En complémentarité. Nous sommes disponibles à tout moment où le
gouvernement nous sollicitera. Au moment de l’élaboration du code des
investissements, nous avons été associés. Pour l’élaboration des lois de
Finances des exercices, il faut qu’on nous consulte sur certains points
clefs. Nous voudrions une coopération avec le Ministère de l’économie et
des finances du côté douanier et des impôts. Sur tout cela, nous restons en
partenariat. Mieux l’économie est gérée, plus nous en tirerons profit
également, puisque nos affaires seront sécurisées.
Et, que dit votre Livre Blanc sur le secteur de la finance et des
banques ?
JDS :
Nous avons fait des propositions. Ce secteur souffre énormément. Il faut le
réorganiser, le privatiser. Mais, pour le privatiser, il faut assainir
d’abord le portefeuille des banques. Il y a beaucoup d’ardoises et il faut
voir s’il faut passer par la titrisation des dettes ou essayer de céder des
parts importantes, comme l’a déjà fait l’Etat au niveau de certaines
banques. Mais l’Etat doit se désengager rapidement. C’est un secteur qui
est sinistré aujourd’hui. La place du Togo n’est pas une grande place, mais
il y a beaucoup de banques. Ça urge d’assainir ce secteur et je crois que
l’Etat s’y emploie énormément. Ce qui a coulé la plupart de nos banques, ce
sont les prêts non remboursables, consentis, pour la plupart, vers des
sociétés d’Etat.
Quelle grande entrave à la relance économique faudrait-il lever
d’urgence ?
JDS :
Il y en a plusieurs. Mais l’essentiel, c’est le règlement de la dette
intérieure, qui est au-delà de 300 milliards FCFA. Pour relancer
l’économie, il faut insuffler des ressources, et ces ressources passent par
la dette intérieure où les sociétés sont presque mourantes. Elles ont fait
des prêts au niveau des banques et ont même mis les banques en difficultés.
Tant que ce problème de la dette intérieure ne sera pas réglé, l’économie
ne partira pas. C’est l’urgence. Pour l’AGET comme pour les petits porteurs
qui se sont endettés.
Source Les Afriques