Deux suspects ont été arrêtés dimanche par la
police angolaise dans l'enclave du Cabinda. Leur identité reste
mystérieuse. Le Procureur de la province du Cabinda s'est contenté
d'annoncer leur arrestation sur les ondes de la radio nationale, sans
donner plus de détails. Selon l'agence d'Etat Angop, il s'agit de deux
séparatistes cabindais, «capturés sur les lieux» de la fusillade, sur la
route de Massabi qui relie la province du Cabinda au
Congo-Brazzaville.
Les Eperviers ont quitté dimanche soir leur camp
de base à Cabinda pour rejoindre Lomé, la capitale du Togo. Leur avion a
atterri vers minuit. L'équipe a été accueillie par le Premier Ministre
Gilbert Houngbo. Plusieurs Ministres du gouvernement, ainsi que des parents
des victimes étaient également présents. Plusieurs centaines de supporteurs
étaient également massés à l'entrée du salon d'honneur de l'aéroport pour
les accueillir. L’émotion était grande.
Le bilan de l'attaque oscille toujours entre
deux et trois morts. Deux membres de l'encadrement des Eperviers sont
décédés des suites de leurs blessures. Abalo AMELETE, l’entraîneur adjoint
et Stanislas OCLOO le Chargé à la Communication. Mais
le doute persiste sur la mort du chauffeur du bus. Il avait été annoncé
mort par différentes sources vendredi. Mais un journal angolais annonçait
dimanche qu'il serait bien vivant. «Il va bien. Il est conscient et arrive
à décrire tout ce qui s'est passé », déclare le secrétaire provincial de la
santé à Cabinda.
Quant au gardien de but de la sélection
togolaise, Kodjovi Obilalé, blessé durant l'attaque, il a été déclaré lundi
«complètement hors de danger» par l'un des chirurgiens qui l'ont opéré à
Johannesburg, en Afrique du Sud, où il avait été transféré. Les médecins
précisent qu'ils surveilleront ces prochains jours les risques d'infection,
ajoutant que la balle ayant atteint le footballeur dans le bas du dos et à
l'abdomen n'a pas pu être extraite.
• Qui
est à l'origine de l'attaque ?
Les Forces de libération de l'Etat du
Cabinda-Position militaire (Flec-PM), groupe né en 2003 d'une dissidence du
principal mouvement séparatiste, le Front de libération de l'enclave du
Cabinda (Flec), ont revendiqué cette action et menacé de mener d'autres
attaques.
Un dirigeant du mouvement séparatiste exilé en
France, Rodriguez Mingas, a expliqué sur France Info que les rebelles
visaient les soldats angolais accompagnant l'autocar. «La guerre va
continuer, tous les coups sont permis pendant la guerre», a-t-il
prévenu.
Il a confirmé que «deux mois avant le début de
la CAN », les
rebelles avaient envoyé des courriers au président de la Confédération
Africaine du Football Issa Hayatou pour l'informer «du
danger qu'il peut encourir en organisant la CAN». Tout en précisant que «cela ne
fait que commencer».
La réaction du Quai d'Orsay a été immédiate.
«Ces propos sont inacceptables, et nous les condamnons fermement. Ils ne
resteront pas sans suite», a assuré Bernard Valéro, porte-parole du
ministère des Affaires étrangères. «L'appel à la violence, l'incitation à
la violence ne peuvent pas être justifiés par aucune raison que ce soit, et
nous condamnons vigoureusement les propos de ce
personnage».
•
La Coupe
d'Afrique des Nations est-elle menacée ?
Malgré les avertissements du Flec-PM et les
appels à annuler la compétition, les autorités angolaises et
la
Confédération africaine de football (CAF) ont décidé de
poursuivre la
CAN, qui s'est ouverte dimanche soir à Luanda sur un match
nul 4-4 entre l'Angola et le Mali et doit s'achever fin janvier. Le
gouvernement a promis que la sécurité des équipes serait garantie, tant à
Cabinda que dans les trois autres villes-hôtes, Luanda, Benguela et
Lubango.
Pourquoi il ne fallait pas choisir l'Angola pour accueillir
la
CAN
L'attaque terroriste perpétrée le 8 janvier
contre le car des joueurs de l'équipe nationale togolaise dans l'enclave
angolaise de Cabinda a légitimement choqué le monde du football et au delà.
Sans prétendre le prédire, ce type d'événement condamnable n'est pas
surprenant pour autant.
En septembre 2006, soit seulement quatre années
après la fin de la guerre civile ayant ravagé le pays pendant un quart de
siècle, l'Angola a été désignée par la Confédération africaine de
football (CAF) pour organiser cette 27e Coupe d'Afrique des nations de
football, la principale compétition sportive africaine. Ce choix était à
l'époque et reste aujourd'hui assez
incompréhensible.
Le
choix de l'Angola pour accueillir la CAN? Incompréhensible.
Si certains Etats africains comme le Rwanda ont
pu réactiver des infrastructures correctes après des tragédies, il n'en est
rien en l'Angola :
•les routes sont en très mauvais
état
•les transports publics
quasi-inexistants
•la corruption y est
endémique
•les mines anti-personnelles encore bien
présentes
•l'insécurité galopante est aggravée par la
grande quantité d'armes en circulation au d'une société à peine sortie de
la guerre.
A cela s'ajoute des procédures d'entrées
extrêmement complexes puisque l'Angola est l'un des rares Etats à ne pas
délivrer de visas de tourisme, ce qui pose des problèmes aux éventuels
supporters africains et européens qui souhaiteraient assister à la
compétition.
L'Angola possède du pétrole, beaucoup de
pétrole
En revanche, le pays possède du pétrole.
Beaucoup de pétrole, notamment des installations off-shore dans l'océan
Atlantique qui ont attiré de nombreux investisseurs étrangers. La
conséquence a été l'envol des prix de l'immobilier.
Et si à Luanda, la capitale, l'écrasante
majorité de la population exclue des retombées de la manne pétrolière, vit
avec moins de deux dollars par jour, le mètre carré des nouveaux
appartements qui prolifèrent depuis quelques années se négocie autour de 10
000 euros.
La CAF porte donc une lourde responsabilité dans
l'attaque du car togolais, car elle a choisi l'Angola en connaissance de
cause. D'ailleurs, pour la première fois, elle a également désigné les
hôtes des deux prochaines éditions :
•au Gabon et en Guinée équatoriale en 2012 où
l'exploitation récente du pétrole a créé de nouvelles opportunités
économiques
•en Libye en 2014 où la fin de l'isolement du
régime de Khadafi nourrit de grands intérêts économiques à l'étranger.
Gabon, Guinée équatoriale, Libye sont donc
choisis pour les prochaines coupes
Et au cas où l'un de ces Etats ne serait pas en
mesure d'accueillir la compétition, le Nigeria, autre Etat pétrolier à la
corruption et à l'insécurité avérées, comblerait le vide.
Certes, le choix à l'avance des Etats hôtes pour
une compétition ayant lieu tous les deux ans est une nécessité, notamment
pour négocier les droits TV de plus en plus élevés, surtout au regard de la
popularité grandissante du football africain.
Mais de nombreux problèmes de billetterie, la
difficulté à remplir les stades à cause du faible pouvoir d'achat des
populations locales et les problèmes traditionnels d'accueil des
différentes délégations ont été récurrents lors des dernières CAN, qui se
tenaient pourtant dans des Etats plus développés (Egypte en 2006, Ghana en
2008).
D'où une question simple : quel(s) intérêt(s)
pour la CAF à
choisir des Etats regorgeant de pétrole, au détriment de la qualité de
l'accueil, de la sécurité de tous et finalement de l'idée que l'on est
censé se faire du football, et du sport en général ?
Source Le Figaro et Rue
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