Arrivé
à 22h25 (locale et TU) à bord d’un petit avion marocain de la compagnie
King Air, Moussa Dadis Camara était accompagné d’un garde du corps, d’un
médecin guinéen et de médecins marocains.
C’est
inhabituel pour les hôtes de marque reçus au Burkina Faso, le capitaine
Moussa Dadis Camara a été accueilli à l’aéroport militaire. Un accueil
discret loin des regards, sans honneurs militaires ni tapis rouge. Habillé
d’un manteau avec un blouson par dessus et portant des lunettes,
apparemment des verres correcteurs, le capitaine Dadis a fait l’accolade à
ses hôtes avant de marcher à pas lents vers le petit salon officiel de
l’aéroport militaire. Deux personnes le tenaient aux bras pour l’aider à
marcher.
Quelques minutes après seulement, il est sorti du salon et
a aussitôt engagé une discussion avec les Marocains qui l’ont amené. Une
discussion assez chaude puisqu’on a appris plus tard que le capitaine
Camara était surpris de se retrouver à Ouagadougou et demandait à partir
immédiatement sur Conakry, là où il croyait se rendre lorsqu’il a embarqué
à Rabat. Convaincu quelques dizaines de minutes plus tard par les
Burkinabè, il a pris place à bord d’un véhicule 4x4. Le cortège de voitures
qui suivait a traversé la ville par des voies contournées, sans sirène ni
motards, jusque dans le quartier Ouaga 2000 où il est hébergé dans une
villa.
Et maintenant ?
Moussa
Dadis Camara désormais à Ouagadougou, que va-t-il faire ensuite ? C’est la
grande question. Va-t-il rester dans la capitale burkinabé ou s'agit-il
d'une destination de transit ?
Ces dernières semaines, en tout cas,
l'éventualité de son retour en Guinée avait suscité l'inquiétude de
la France notamment. Le ministre
français des Affaires étrangères avait même déclaré, le 22 décembre 2009,
que le pays risquait une guerre civile si le capitaine rentrait. Les
Etats-Unis seraient aussi « préoccupés » de toute tentative de retour en
Guinée du chef de la junte, selon un responsable du département
d’Etat.
Depuis
le 6 janvier 2010, le général Sékouba Konaté a officiellement pris les
rênes du pays. Il a promis d'organiser le plus tôt possible des élections
démocratiques, proposé la formation d'un gouvernement d'union nationale et
laissé le choix du Premier ministre à l'opposition. Des mesures saluées par
Paris, Washington et Rabat.
Cette
soirée du mardi 12 janvier 2010, c'est en tout cas la première sortie du
capitaine Camara. Comment va-t-il, a-t-il récupéré toutes ses facultés
après avoir été blessé à la tête et quelles sont ses intentions ? Ses
premières déclarations permettront peut-être d'en savoir
plus.
Pour le Burkina, un hôte bien encombrant
Les
autorités burkinabè ne le cachent pas. Elles ont été prises de court dans
cette affaire. C’est en début de soirée que les Marocains leur ont annoncé
le départ de Rabat de Moussa Dadis Camara pour Ouagadougou. Le président
Blaise Compaoré n’a donc pas eu le temps de donner sa réponse au roi
Mohamed VI qui lui avait demandé la veille d’accueillir le capitaine
Camara.
Ce
dernier était-il devenu gênant pour les Marocains ? Ou est-ce lui-même qui
éprouvait le besoin de quitter Rabat qui apparaissait de plus en plus comme
un exil pour lui ? Jusqu’à mardi soir, les autorités burkinabè continuaient
de se poser des questions sur l’arrivée d’un hôte aussi encombrant.
Néanmoins, le président Blaise Compaoré s’est résolu
rapidement assumer son rôle de médiateur. Dès hier soir, Il a rendu visite
à Dadis dans la villa où il est hébergé. Et il a usé de ses talents pour le
calmer. Ce dernier était très furieux de se retrouver au Burkina alors
qu’il croyait se rendre en Guinée.
Compaoré aurait parlé au téléphone à des chefs militaires
guinéens qu’on dit proches de Dadis. Histoire de les calmer eux aussi. Et
il va devoir user des mêmes talents pour trouver un terrain d’entente entre
le capitaine Camara et le général Sékouba Konaté. Le général Konaté attendu
ce même 13 janvier dans la capitale burkinabè.