12 janvier 2010, 72
heures juste avant la clôture du dépôt des candidatures, des rumeurs
circulent, qui deviennent bientôt des clameurs. Gilchrist Olympio, le
leader charismatique de l’Union des Forces de Changement, opposant farouche
au régime RPT demande à la
CENI de bien vouloir lui accorder une dérogation spéciale
sur la date de son dépôt de candidature. Une requête qui naturellement
recevrai une fin de non recevoir. Gilchrist Olympio, dit-on a mal au dos et
est stabilisé aux Etats-Unis. Impossible d’effectuer un quelconque voyage
pour effectuer les démarches finales pour le dépôt de sa candidature.
Dans les coulisses, on
apprend que c’est plus grave qu’un simple mal de dos comme annoncé à la
conférence de presse. Le leader de l’UFC a des complications sur toute la
région lombaire et a des douleurs abdominales aiguës. Sans doute les
séquelles de l’agression dont il a été victime en mai 1993 à Soudou où un
commando, dirigé par le défunt Ernest Gnassingbé a arrosé son convoi d’un
arsenal de guerre sophistiqué. Transporté à Paris, Gilchrist s’en est sorti
avec des organes artificiels qu’il traîne depuis près de 20 ans.
Gilchrist, au-delà de
sa maladie, a pris suffisamment de l’âge. Septuagénaire, il n’est pas très
évident que ce leader puisse encore maintenir le cap à la tête d’un parti.
Certes, son nom et sa personne soulèvent les foules qui se mobilisent
autour de son charisme. Mais il est arrivé à insuffler au parti ce charisme
qui fait de l’UFC le parti le plus populaire, avec ou sans Gilchrist
Olympio. Le débat s’est suffisamment nourri, au sein du parti, en dehors du
parti et au sein des autres partis. Aujourd’hui, Gilchrist est du moins
provisoirement mis dehors, une situation qui suscite des réactions
diverses.
LE CLASH A
L’UFC
L’Union des Forces de
Changement (UFC) est ébranlée par une crise interne sans précédent depuis
le dépôt de la candidature du secrétaire Général. Celle qui oppose la
branche de la jeune génération incarnée par Jean Pierre Fabre au leader,
Gilchrist Olympio. L’un des indicateurs de cette crise interne est la
dernière sortie du président national de l’UFC depuis les Etats-Unis pour
exprimer le maintien de sa candidature en dépit de celle de Fabre. Une
déclaration qui présente le malaise qui prend de l’ampleur au sein de son
parti.
Il est vrai, la
candidature de Gilchrist Olympio suscite remous et inquiétudes au sein du
parti. Il est vieux, il est malade et il lui arrive très souvent de faire
des déclarations inopportunes qui affectent l’image du parti. La gestion
des victoires successives aux élections présidentielles précédentes ont
démontré à la classe politique et surtout à certains partis de l’opposition
que le leader de l’UFC a une limite dans la gestion du parti. Certains leaders politiques, notamment Me Yawovi
Agboyibo a toujours conçu que Gilchrist Olympio est l’obstacle à
l’alternance.
Logiquement, c’est le
Président National de l’UFC qui est le candidat investi par le congrès.
Mais d’après nos investigations, Jean-Pierre Fabre a été investi par des
membres du conseil national et ceci le 14 janvier 2010, à la veille même de
la clôture des candidatures. Une attestation d’investiture signée par le
Premier vice-Président, Patrick Lawson qui aurait servi à constituer le
dossier de Fabre à la
CENI. L’atmosphère est donc
aujourd’hui très malsaine au sein de ce parti,
surtout que tout se passe aujourd’hui sans Gil qui a été toujours
l’épicentre des décisions du parti.
Jean Pierre Fabre est
conçu au sein de l’UFC comme le moindre mal pour inspirer confiance à la
base. Il maintient son ton radical, parfois plus radical que celui du
patron, il draine une majorité de jeunes de radicaux qui sont acquis à sa
cause et il a le mérite de croire en ce qu’il fait avec conviction et
détermination. L’annonce de sa candidature peut jouer sérieusement sur
l’échiquier. Hier, c’était le leader lui-même qui disparaissait et qui
tenait des propos assez impopulaires au lendemain de la proclamation des
résultats qui lui arrachaient la victoire. Gil a été toujours accusé de ne
point arriver malgré le peuple qui le soutient, à mutualiser la victoire.
Avec Fabre, ce sera sans doute tout autre. C’est la revendication musclée,
c’est le boycott du dialogue d’après contentieux électoral, c’est le
jusqu’auboutisme politique.
Seulement, le
secrétaire Général de l’UFC est considéré par une partie des militants
comme un peu trop arrogant dans ses propos et moins sage et riche en
politique. D’autres réfutent cet argument en arguant que depuis son entrée
au parlement, Fabre arrive à concilier le ton radical au professionnalisme
politique. Il a acquis l’expérience depuis 2007 et peut faire l’affaire
face à Faure Gnassingbé pour revendiquer la victoire si elle est sienne.
Du coup les donnes ont
changé et à l’Etat major actuel de l’UFC, la seule crainte est que le
leader depuis son lit de malade ne perturbe pas le schéma conçu qui serait
bien huilé, selon des sources proches du parti.
On a peur qu’il multiplie des déclarations tapageuses
pour effriter les voix du parti.
D’autres pensent que la
voix de Gilchrist Olympio est impérieuse pour la victoire de l’UFC. Son
seul nom provoque admiration, liesse et
mobilisation. Reste que Fabre arrive à s’armer de ce charisme qui est
naturel chez Gil en raison des maneovres du pouvoir à faire de lui la
victime historique de la politique togolaise. Gilchrist est connu de Lomé à
Dapaong, dans les villages et les hameaux reculés.
Gil est le chouchou de femmes, hommes et enfants. Fabre a des
limites dans sa popularité et est méconnu dans certains milieux et mal aimé
par certaines catégories de personnes. Mais lorsque le leader donne le ton,
le vote pour Fabre passera comme une lettre à la poste. Le cas de Bob
Akitani, qui malgré toutes les irrégularités qui entachaient sa personne
candidate est assez caractéristique de l’importance du ton du leader de
l’Union des Forces de Changement.
Reste maintenant à
savoir comment l’UFC, version Fabre arrivera à définir des stratégies pour
rompre les velléités de contestation pour arriver à une unanimité. Il a
encore des chances pour y arriver.
ON JUBILE AU
RPT
La personne de
Gilchrist Olympio a été et reste la menace pour le Rassemblement du Peuple
Togolais (RPT). Il est le fils du premier président de la République
assassiné dans des circonstances qui impliquent le père de l’actuel
président de la
République, Gnassingbé Eyadéma. Gilchrist Olympio a
tellement été la bête noire du régime autant de faire l’unanimité de la
communauté internationale à incarner une opposition vraie. Même si, après
son avènement, le Président Faure a reçu par plusieurs fois le leader de
l’UFC, la menace n’est pas autant dissipée. Et voici, lorsque la situation
de la candidature du leader de l’UFC est
démontrée comme délicate, et surtout lorsqu’il a été déclaré qu’il n’est
pas en mesure de voyager pour effectuer la visite médicale, ce fut quoi
qu’on dise une bonne nouvelle pour le parti. Bien évidemment, lorsqu’un adversaire politique de
taille se retrouve dans l’incapacité de continuer le combat, il ne va que
dans l’intérêt des autres. Et c’est le cas pour le RPT aujourd’hui avec
Gilchrist Olympio.
La personne de Gil a
été souvent présentée comme un produit de marketing politique pour le RPT.
Lorsque Gilchrist a commencé à séjourner au Togo, ce fut un point non
négligeable pour le parti au pouvoir qui a
conclu que la sécurité règne et l’on n’a pas manqué d’occasion pour citer
l’exemple du séjour de Gil.
Si dans la foulée de
discussions, il arrive à Gilchrist de déclarer que la situation politique
togolaise s’est améliorée, le RPT lui rend hommage pour avoir reconnu
cela. Et lorsque l’occasion a été donnée au RPT
d’obtenir l’accord de président National de l’UFC à rencontrer le Chef de
l’Etat, ce fut le couronnement de la bonne politique.
Voilà la façon dont est exploitée la personne physique et morale de
Gilchrist Olympio. Mais l’autre revers de la médaille n’est pas à négliger.
La popularité, le charisme et la force de mobilisation du patron de l’UFC a
toujours inquiété le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT). Lorsque
Gilchrist appelle à une manifestation publique, c’est l’insomnie au RPT et
si un leader politique est aussi gênant, il n’y a pas de raison pour qu’on
ne festoie pas du moins un tout petit lorsque celui-ci est dans
l’incapacité de continuer à exercer. Mais dans
la situation actuelle, il est vrai que le RPT risque de tourner son fusil
d’épaule contre le nouveau challenger, Jean Pierre Fabre qui s’arme aussi à
tenir aussi bien politiquement que stratégiquement à combattre ses
adversaires. Ceci passera par le soutien des cadres du parti et si le
Secrétaire Général a déjà la bénédiction de Patrick LAWSON qui a signé son
attestation d’investiture, celui-là qu’on pensait protester contre sa
candidature, c’est qu’il a le soutien de la majorité des militants. Et dans
ce cas, il y a encore du chemin pour le RPT d’arriver à neutraliser le plus
grand parti d’opposition togolaise, l’Union des Forces de Changement.
LE OUF DE
SOULAGEMENT AU CAR
La précipitation et la solennité avec lesquelles le leader du CAR, Me
Yawovi Agboyibo a été investi à quelques heures de la clôture de la
candidature cachent le soulagement de ce parti à apprendre
l’indisponibilité de Gilchrist Olympio à être candidat à l’élection
présidentielle.
C’est de bonne guerre,
dans la mesure où les relations entre les deux leaders ont été tumultueuses
et faites de conflit de leadership. Pour Me Yawovi AGBOYIBO, c’est le
leader de l’UFC qui est à la base des problèmes politiques que connaît
l’alternance au Togo. Il n’arrive pas à matérialiser la victoire que lui
confie le peuple, ceci à maintes reprises. Pour lui, une chose est de
positionner un candidat de l’UFC pour remporter la victoire, une autre est
que ce candidat arrive à arracher cette victoire et gouverner. Me Yawovi Agboyibo qui avait eu le vent en poupe
avant de voir sa popularité s’effriter après
son passage à la
Primature aurait bien aimé être à la place d’un Gilchrist
dont le père a été tué et qui arrive à mobiliser le peuple togolais autour
de ses convictions. Il aurait souhaité se faire appeler leader du parti le
plus radical mais hélas, il a posé des actes qui ont fragilisé nettement sa popularité.
Aujourd’hui, se
trouvant être le deuxième parti le plus important, selon la représentation
à l’Assemblée nationale, Me Yawovi Agboyibo pense qu’il peut encore jouer
dans la balance, et ravir la vedette à Gilchrist qui semble être
physiquement et politiquement invalide.
C’est pourquoi, le CAR
multiplie des déclarations pour se faire entendre et se faire comprendre.
Mais dans la réalité, le Comité d’Action pour
le Renouveau a perdu des plumes et a besoin de recouvrer une santé
populaire. Les cadres du parti, tout autant divisés comme ceux de l’UFC et
du RPT sur diverses questions sont soulagés de cette indisponibilité et se
donnent des illusions de pouvoir profiter de cette faille pour se remettre
en selle.
Maintenant, pour
assurer cette nouvelle santé politique au CAR et à d’autres partis qui ne
sont pas moins intéressés par une certaine « décadence » du plus
grand parti d’opposition togolaise, il va falloir pour les nouveaux cadres
du parti de faire attention aux actes et faits, et au leader, Gilchrist
Olympio, s’il tient à la survie du parti, de se taire pour juguler la crise
en interne, sinon les déclarations tapageuses ne serviront qu’à noyer
définitivement la lutte historique de l’Union des Forces de Changement.
QUI DE FABRE OU DE
GILCHRIST EST MANIPULE ?
Depuis l’annonce de
l’indisponibilité de Gilchrist Olympio à être candidat à l’élection
présidentielle, le débat est assez nourri. Beaucoup restent sceptiques sur
la position et la décision du parti UFC à effectuer cette rocambolesque
conversion, une décision qui est tombée un peu trop brusquement.
Des rumeurs, voire des
campagnes d’intoxication se mêlent pour justifier la décision. On pense que
l’UFC et son leader ont décidé de
« vendre » leur popularité au RPT contre une forte somme d’argent
et quelques postes juteux dans le gouvernement à venir. Et selon ceux-ci,
c’est Gilchrist qui est au centre de ce troc.
D’autres par contre
pensent que depuis que Jean Pierre Fabre est le meneur des discussions de
Ouaga, il a été approché par les ténors du RPT pour
saboter la candidature de l’UFC ceci contre bien évidemment des
promesses.
Cette campagne se
développe jusqu’à Kouvé, village du leader du CAR où le leader commence
enfin par retrouver ses lettres de noblesses sur fond de cette campagne qui
vise à neutraliser l’UFC. Ces informations deviennent autant inouïes que
l’on ne sait exactement ce qui se passe autour de la position actuelle de
l’UFC face à l’élection présidentielle. Seule, l’évolution du processus et
les positions des deux parties, si elles décident de se livrer la guerre
peuvent nous éclairer sur les motifs de cette
volte-face.
L’ALTERNANCE
POLITIQUE ET LA CANDIDATURE UNIQUE DE
L’OPPOSITION
A l’allure où vont les
débats politiques, où Gilchrist Olympio est hors jeu, Jean-Pierre Fabre au
centre du débat, l’effectivité de la marche vers l’alternance s’effrite et
la candidature unique a du plomb dans l’aile. Les analystes politiques
justifient cette assertion.
Dans une interview
accordée à une radio de la place, le leader du CAR Yawovi Agboyibo restait
optimiste sur une véritable candidature unique de l’opposition, ceci selon
ses propres termes aura le mérite de balayer le parti qui tient les rennes
du pays depuis quarante ans, bien évidemment le
RPT. Ailleurs, le président du CAR, Me APEVON présentait en filigrane le
portrait de celui qui pouvait être ce candidat unique et sans surprise,
Dodji Apevon exposait le portrait robot de son mentor, Me Agboyibo. Une
vision considérée à l’UFC comme de la moquerie pour un parti mal populaire
qui demande à un plus grand de revenir soutenir sa candidature. Un troisième larron n’est pas moins intéressé de son
choix, Kofi Yamgnane soutient la candidature
unique de l’opposition, mais pense que la seule personne qui puisse
l’incarner se trouverait être lui. Tout se passe comme dans un marché de
nuit où chacun cache les mauvais produits de son étalage et expose les bons
pour faire croire qu’il est plus malin que l’autre marchand, alors tous
jouent au même jeu.
C’est le RPT qui part
gagnant dans ce cafouillage de l’opposition non pas parce qu’il a la
popularité nécessaire pour battre les autres candidats, mais tout
simplement parce qu’il aura l’occasion de justifier ses fraudes, s’il y en
a par les candidatures multiples de l’opposition, un argument qui convainc souvent la communauté
internationale et l’opinion nationale.
Face à ce schéma, le
RPT est parti pour gagner l’élection, et s’engager, dans la contestation de
l’UFC de Fabre, dans une logique de dialogue et de gouvernement d’Union
nationale. L’opposition finira par céder après hésitations, velléités, etc,
et le cycle recommence.
Les Togolais ne seront
donc pas au rendez-vous de l’alternance, par la faute d’une classe
politique qui est un véritable panier à crabes.
Carlos KETOHOU