Oser
réinventer le Togo : défi
majeur de la nouvelle relève
générationnelle du Togo
Avril 1960- Avril 2010, le Togo aura compté 50
années « d’indépendance
».
À la veille du 50e anniversaire
de l’indépendance, nous ressentons avec amertume mais justesse ces mots de
Nelson Mandela :
'' Nous avons acquis le
droit d’être libre mais nous ne sommes pas encore
libre''.
Les
pères de l’indépendance ont rêvé de faire de la Terre de nos Aïeux l’or de l’humanité. Malheureusement
le rêve a tourné au cauchemar fait d’assassinats politiques, de torture, de
violations systématiques des droits de l'homme, de coups d’État, de
dictature politique, de siphonage des ressources du pays avec son
corollaire de misère, de souffrance et de paupérisation de la population du
Togo.
Le
27avril 2010 marquera 50
années soldées par un échec cuisant sur toute la ligne. Nos ainés, toutes
tendances confondues ont littéralement échoué. Ils ont trahi l'idéal
d’indépendance et de liberté et ont vidé de sa substance le rêve républicain.
Aujourd’hui, le moins qu’on puisse dire, c’est que la nation togolaise
balbutie, étranglée par des relents tribalistes érigés en système de
gouvernement. Le pays manque de repères et l’État est en faillite. Les
pesanteurs et vestiges colonialistes demeurent
les reliques cardinales de la culture politique togolaise, 50 ans
après la proclamation d'indépendance. Le génie togolais fait cruellement
défaut dans l’établissement des fondements de la planification et de la construction de l'État
togolais. Le régime de dictature
s'est durablement installé dans la copie grossière et reproduit
mécaniquement les dictats néocoloniaux de gestion de développement
catastrophique et chaotique générant misère et souffrance pour nos
populations, enrichissement illicite pour les impérialistes et leurs valets
togolais.
Le panorama de notre pays est très sombre, les défis sont
énormes, les obstacles immenses, les moyens insuffisants, les pertes
incalculables, la déception au summum, les trahisons et autres
abondons au rendez-vous, la
lassitude et l’abdication à
fleur de peau.
Les leaders de l’opposition, déboutés, ont
montré les limites de leur leadership, le processus de démocratisation a
pris du plomb dans l’aile sur fond de violence inouïe et s’est réduit à la
lutte fratricide pour le fauteuil présidentiel. On oublie facilement que
servir son pays, ce n’est pas seulement le fauteuil présidentiel. On peut
valablement servir en étant
simple maire d’une ville ou député d’une
circonscription. Il faut
cependant, reconnaître que l’opposition
traditionnelle depuis le 5 octobre 1990, a donné le meilleur d’elle-même pour venir à bout du régime. Ne pas le reconnaître, c’est faire preuve
d’une myopie politique.
Dans la mêlée, la dictature quinquagénaire
se renforce, se rajeunit, dilapidant les immenses ressources du pays,
poussant les contestataires
à l’exil. Le régime
héréditaire très fourbi,
utilise pèle – mêle les
méthodologies et stratégies les plus variées pour garder le pouvoir telles
que : la menace, la répression de toute velléité contestataire, la
corruption, les coups fourrés, la fuite en avant, la manipulation, le dilatoire, la division, la
diversion, érigées en système de gouvernance .Tout ceci ne fait qu’aggraver la situation de chaos
économique et social du pays. Le Togo est à la dérive et n’a plus de
repères. Les gesticulations autour des élections de 2010 sur fond de faux espoir, de
corruption, d’achat de conscience, d’intimidation et d’impréparation
constituent un énième marché de dupe.
Que faire ? Quelle perspective pour le
Togo ?
Ne rien faire n’est certainement pas une
option. C’est plutôt céder à la fatalité. Perpétuer les méthodes d’échec
c’est aboutir assurément à d’autres échecs.
Une analyse lucide de la situation s’impose dans un
domaine de définition plus élargi; un bilan sommaire et sans complaisance
doit être fait; les leçons de l’échec méritent d’être retenues et une
nouvelle approche, originale, innovatrice, intelligente, ambitieuse,
organisée et méthodique urge
d’être dégagée.
Jacques Attali, économiste et
essayiste français, dans
« Une brève histoire de l'avenir » conseille en ces termes:
''Comme à l'aube de toute révolution majeure, il nous appartient d'abord
d'en mesurer l’urgence, d'en nommer les acteurs, d'en définir les valeurs
et d'en imaginer les institutions, dans la modestie du quotidien et la
démesure de l'idéal''.
Aucune forme d’oppression ne peut
venir à bout de la détermination d’un peuple organisé et souverain.
L’avenir du Togo dépendra de ce que sa jeune génération voudra en faire
aujourd’hui. L’espoir est permis. A nous d’agir et de donner un sens à
notre action dans la perspective d’une refondation de la nation
togolaise.
La
question que nous devons nous poser est celle-ci : Togolaise et Togolais,
qu’avons-nous fait de notre
indépendance ? Nous avons
l’impérieux devoir d’amorcer dès à
présent un profond travail de réflexion, de conscientisation, de
réveil, de remise en cause, d'évaluation et de bilan du parcours de notre
jeune État en vue d' une redéfinition de notre souveraineté nationale sur
la base des principes et des valeurs énoncés par nos pères de
l'indépendance. Notre génération doit réinventer et refonder le Togo pour
que dans les 50 prochaines années, nous puissions léguer à nos enfants, à la génération
suivante, un meilleur Togo que
celui que nous héritons de nos
ainés. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous devons impérativement prendre
distance de la philosophie politique, des méthodes et
systèmes de gouvernance qui ont présidé aux destinées de notre pays depuis
ces 50 dernières années. Nous devons tirer toutes les leçons du passé,
réajuster le présent pour
mieux appréhender l'avenir. Piloter le changement, c’est d’abord et avant
tout la réforme du système de pensées
dominant.
La
refondation du Togo passe par
une pensée nouvelle, un paradigme nouveau qui
se traduit par un idéal théorico-pratique raisonnable. Les bases conceptuelles de cet
idéal doivent fonder en raison l’impératif moral, s’orienter vers le modernisme humanisant et s’enraciner dans un discours
argumenté et rationnel qui recherche le consensus dans < l’agir
communicationnel>, un dialogue fécond. Avant de penser le réel, il faut
penser la pensée. Générer une dynamique de pensée originale et
structurée, apprivoiser son
fil conducteur authentique, tributaire de notre temps
et ses problèmes inhérents. < Savoir pour prévoir, prévoir pour pouvoir
>.
L’action est la conséquence logique de l’idée élaborée et
construite. L’efficacité de
l’action dérive
indubitablement de la pertinence, la cohérence e et la rigueur de l’idée. < Les idées
deviennent des forces matérielles quand elles s’emparent des masses>
Karl Marx.
Au
cours de notre grand effort de
restructuration de la nouvelle pensée
fondatrice, nous devons
tenir compte de la fin des métarécits et des idéologies, prendre en
considération le nihilisme qui signifie que < Dieu est mort>, le Dieu africain surtout.
L’effacement progressif des grands discours de légitimation du réel qui commandaient la réflexion
doit nous amener à réévaluer les grands courants dominants et mesurer la
portée significatives des
modèles empiriques produits.
Le
marxisme n’est plus une référence; l’utilitarisme anglo-saxon a du mal à
concilier justice social et égalité; la démocratie peine à trouver la ligne
médiane en droit entre l’individu et la communauté, le capitalisme censée
régler le problème de la rareté des ressources face à l’immensité des besoins en est arrivé à produire la rareté à grande
échelle mettant en péril l’espèce animal dans son fragile écosystème. Enfin la Raison en vient à rimer avec
domination et savoir avec pouvoir …
Le
doute axiologique devient un
puissant vecteur de la
démarche. La jeune génération montera en force avec le flambeau de la
déconstruction en mettant fin aux illusions, aux utopies avortées, aux
prestidigitations, aux mensonges et autres fétichismes pour mieux jeter les fondements
objectifs et critiques < d’un nouveau contrat social > pour le
Togo.
Le
Togo nation doit se réinventer, se refonder dans la redéfinition des
modalités de son vivre ensemble (fraternité, liberté et égalité) et dans les schèmes de sa culture diverse mais
commune à savoir : une
identité, une histoire, un patrimoine et une langue. Son rapport à l’avenir s’appuierait beaucoup moins sur l’espérance que sur la volonté, c'est-à-dire un < gai désespoir> selon le
mot de André -Compte Sponville à l’instar du < gai savoir > de
Nietzche. La nation togolaise retrouverait ainsi ses repères et
cristalliserait ses forces et croyances dans ses propres codes, sa mythologie, sa propre symbolique et ses héros.
Nous
avons désormais un objet, un projet et une démarche.
L’ossature rationnelle est en place. Il appartient à toute la jeunesse togolaise, aux hommes et femmes de bonne volonté de la nouvelle génération de se mettre
résolument au travail et en synergie. Ils viennent de tous les horizons de
connaissance, de formation et de compétence ; de toutes les couches de la
société; de la diaspora comme de l’intérieur du Togo. Ils veulent imprimer
une nouvelle dynamique à leur
pays. La jeune génération veut prendre son destin en main et conséquemment, celui de
la Terre de
ses Aïeuls. "Chaque
génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission,
l'accomplir ou la trahir."Frantz Fanon
Face
à l’échec, au renoncement, au laxisme et à l’immobilisme qui ont guidé la
conduite de l’action publique depuis cinquante ans, la nouvelle génération
veut donner à ses concitoyens « envie d’avoir envie ». La jeune génération des refondateurs va œuvrer avec détermination et persévérance, conviction et force, pour que le Togo, notre pays brille
d’un éclat scintillant parmi les nations aux couleurs des principes et
valeurs de démocratie, d’état de droit et de développement durable. Elle se doit de redonner au Togo
ses lettres de noblesse, de
reconstruire un Togo nouveau avec tous et pour tous, d’assurer son
développement harmonieux et consacrer son retour dans le concert des
nations. Le civisme, le travail, l’éthique, la responsabilité et l’intérêt
général doivent guider l’action de chaque citoyen engagé ou non dans la
gestion des affaires publiques.
À l’heure du changement générationnel, l’espoir
est permis, à condition de changer de cap, de croire résolument à notre capacité et à notre
destin, de refonder notre nation et de
reconstruire notre pays. C’est possible si nous y mettons du courage, de la
volonté, de la persévérance, de l’abnégation et du travail. C’est
faisable si nous savons
transformer nos pleurs, frustration, déception, amertume, colère,
hésitation, peur, doute, vœux pieux, critiques oiseuses en outils pragmatiques d’actions et
d’initiatives innovatrices
cohérentes en vue d’un meilleur devenir pour le Togo. Le changement est une
volonté manifeste, une démarche sacrificielle individuelle et collective
mais qui ultimement produit les résultats escomptés. Le Togo de demain
s’invente aujourd’hui. Chacun de nous doit y croire fermement et doit résolument y apporter sa pierre pour la reconstruction nationale.
Vous êtes au pied du mur et artisan de ce projet. Sa réussite est
proportionnellement liée à
votre propre engagement. Vous
avez l’occasion de faire une différence positive et significative dans la
vie de votre peuple. L’or de
l’humanité compte sur vous pour
briller davantage de
tout son éclat.
Vive
le Togo libre, indépendant et prospère ! Vive la nation togolaise
Unis pour la même
cause, la lutte continue!
Che Alphonse
Lawson-Héllu
Antoine Koffi Nadjombé