Selon les dispositions du Code
électoral en vigueur au Togo, la Commission
Electorale Nationale Indépendante (CENI) est chargée de
l’organisation, de la supervision et de la proclamation des résultats
provisoires des différentes élections. Après cette étape, la Cour
Constitutionnelle intervient pour prononcer le verdict
final, c’est-à-dire la proclamation des résultats
définitifs.
Aujourd’hui ces deux institutions
sont présidées respectivement par Issifou Taffa TABIOU et Abdou
ASSOUMA.
Ces deux hommes ont une lourde
responsabilité durant le processus électoral en cours dans le pays. Ils en
sont conscients. C’est pourquoi tour à tour, les membres s’étaient formés
en novembre dernier sur la gestion d’un processus électoral à Notsè et ceux
de la
Cour Constitutionnelle le week-end
dernier au même endroit sur la gestion des contentieux électoraux. Une
manière de préparer ceux-ci à jouer dans la loyauté leur rôle dans
l’intérêt supérieur de la nation. Mais l’histoire électorale togolaise ne
rime pas avec la formation des agents et institutions impliqués dans
l’organisation des différents scrutins.
La population togolaise dans son
ensemble reproche aux premiers responsables de s’adonner à la politique du
ventre et les vrais résultats des élections sont sacrifiés à l’autel des
espèces sonnantes et trébuchantes. Les conséquences immédiates sont
protestations et les violences tous azimuts. Et l’on se demande à quoi
servent les formations et recyclages faits aux acteurs électoraux. Le
peuple togolais a un souvenir très amer des élections surtout ces deux
dernières décennies.
Ce souvenir, certains l’imputent
aux premiers responsables des institutions précitées et d’autres au régime
RPT.
Le 21 Juin 1998, Awa Nana qui
présidait la
Commission Electorale avait déclaré
qu’elle n’était pas en mesure de proclamer les résultats provisoires de
l’élection présidentielle. Ainsi elle a jeté l’éponge prétextant que des
menaces pesaient sur elle. Elle n’avait pas pu donc proclamer les
résultats. Ceci fut fait par le ministère de l’Intérieur puis entériné par
la
Cour
Constitutionnelle.
Cinq ans plus tard, le
1er Juin 2003, Kissem Tchangaï WALLA alors promue à la tête de
la CENI
avait proclamé des résultats qui ont causé un véritable tôlé au sein de la
population qui malgré les bourdes s’était résignée devant les
mitraillettes, les Kalachnikov et autres armements déployés pour mater ceux
qui oseraient contester les résultats.
Deux ans après, Eyadema
GNASSINGBE mourut presque à mi-mandat en Février 2005. Il fallait donc
organiser des élections dans les 60 jours qui suivaient son décès
conformément à la constitution. Ainsi le 24 Avril de la même année, des
élections étaient organisées cette fois-ci par le ministère de l’Intérieur.
M. Akila Esso BOKO qui détenait alors ce portefeuille ministériel a rendu
son tablier à 48 heures du scrutin, le 22 Avril, arguant que les conditions
n’étaient pas réunies pour organiser des élections transparentes. Il était
qualifié d’irresponsable par Abass BONFOH qui assurait la présidence de
la
République par intérim. Il fut remplacé dans moins de 24
heures par son collègue de la Justice, Foly Bazi Katari proclamait les
résultats provisoires du scrutin présidentiel le mardi 26 Avril en faveur
de Faure Gnassingbé et subitement et spontanément les populations se sont
révoltées dans plusieurs villes du pays. Au final, on a assisté à la
répression sanglante des militaires et selon un rapport de l’ONU, il y
avait au total 500 morts à l’époque.
Un autre cas plus récent concerne
les législatives de 2007. Potopéré TOZIM alors président de la CENI n’avait pas pu
proclamer les résultats de la circonscription électorale de Lomé Commune.
On se rappelle dans cette circonscription il y avait eu de véritables
cafouillages et de tiraillements.
Selon des informations
recueillies auprès des partis de l’opposition à l’époque, M. TOZIM serait
impliqué dans une magouille visant à attribuer frauduleusement un siège au
Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) alors qu’il devrait revenir selon le
dépouillement à l’Union des Forces de Changement
(UFC).
Des heurts s’étaient produits au
siège de la
Commission Electorale Locale Indépendante
(CELI) de Lomé Commune entre les militants de l’UFC et les responsables de
cette structure. Les éléments de la Force Sécurité Election
Législative 2007 étaient intervenus en matant les militants de
l’UFC.
Toutes ces illustrations
devraient interpeller la conscience des uns et des autres afin de proclamer
rien que les résultats des urnes.
Et Faure GNASSINGBE qui est
candidat à sa propre succession durant le scrutin de jeudi prochain, a fait
de la non-violence, son mot d’ordre de campagne. Il est donc important pour
le Président de la République de laisser libre cours à ceux qui ont la
charge d’organiser et de proclamer les résultats de l’élection. Aux deux
vedettes de la proclamation des résultats, Taffa TABIOU et Abdou ASSOUMA,
ils ont une grande responsabilité. Ils ont le choix irréversible de rentrer
dans l’histoire par la grande porte car le problème togolais est aussi une
crise de confiance aux institutions et aux hommes qui les animent. Taffa
Tabiou qui a déjà hésité pendant longtemps avant de satisfaire
quelques-unes de revendications de l’opposition notamment l’utilisation des
bulletins à souches et leur authentification a déjà la population qui suit
minutieusement ses pas et ses prises de position à travers les multiples
communiqués avec lesquels il l’arrose.
Tabiou et M. ASSOUMA sortiront
grandis de cette élection s’ils arrivaient à transcender leur
concupiscence, et l’aveu d’incapacité de certains de leurs prédécesseurs.
La responsabilité rien que la responsabilité devrait être leur cheval de
bataille.