La disproportion des moyens et
les velléités légendaires qui ont miné le clan de l’opposition ont retardé
l’entrée en campagne de l’opposition togolaise qui a pris le temps de vivre
les meetings du candidat du RPT Faure Gnassingbé avant de s’engager
véritablement.
Le Pouvoir a profité de cette
absence pour envahir le terrain électoral avec de grands moyens.
Hélicoptère de commandement qui
permettait au chef de l’Etat de rallier Atakpamé à Blitta, en passant par
Sotouboua, Kambolé, Bassar ou Kabou, ceci en l’espace de 48 heures. Un
record que ne pouvaient atteindre les partis d’opposition qui n’avaient
que le moyen traditionnel pour
sillonner, une semaine après la campagne, le territoire national. C’est
cette situation qui permet de connaître les forces et les faiblesses des différents candidats et qui
permettent de dégager les favoris à travers une élection de taille et de défi, celle qui
permet à Faure de prouver au monde entier et aux Togolais qu’il est engagé
sur une voie de reforme assez risquée qui lui permette de se légitimer, et
à l’opposition de prouver qu’elle est capable d’assurer l’alternance
politique de façon décisive. Tout s’est joué au cours de ces deux semaines
de campagne et le 04 mars est
le jour décisif pour jauger la portée de la mobilisation.
Faure Essozimna
Gnassingbé
De toute évidence, le candidat du
RPT a véritablement préparé sa campagne, il y a mis suffisamment de moyens,
de moyens gigantesques, ce qui constitue sans aucun doute un avantage. Des
observateurs avisés ont conclu que le chef de l’Etat a sorti l’argent sans
compter. Un hélicoptère qui lui permettait de sillonner près de cinq
localités distantes les unes des autres en 24 heures, une machine électorale très forte, parce que mobilisée.
Depuis le début de campagne, les bureaux des ministères et des directions
des Sociétés d’Etat sont quasiment vides. Les occupants sont sur le
terrain, du nord au sud pour mobiliser chacun dans sa localité, les
militants et sympathisants du RPT et les autres Togolais qui ne sont pas
nécessairement du parti. C’est
pourquoi, toutes les randonnées du Président ont été couronnées de succès,
la mobilisation étant effective.
Faure Gnassingbé a mis en place
un véritable mécanisme pour sa campagne. Le véhicules sonorisés qui
sillonnaient les villes du Togo, les gadgets qui se distribuaient comme du
petit pain, la présence effective du candidat dans les zones stratégiques
et le discours harangueur qui dénotait engagement et détermination, et pour
couronner le tout un relais médiatique sans précédent. En plus de la chaîne
mère, LCF qui transmettait en direct
toute la campagne du président, une radio mobile suivait au fur et à
mesure le président pour faire écouter en direct sur des fréquences
spécifiques le meeting de campagne de Faure en intégralité. Au même moment,
Pascal Bodjona et Gilbert Bawara, deux stratèges politiques de Faure
entretenaient les populations de la capitale et de ses environs sur le
vote. Là également les grands moyens ont été déployés. Ceux qui
effectuaient le déplacement de gré ou de force percevaient des frais de
déplacement, et cela provoquait de l’engouement à participer à la campagne
du RPT.
Ce qui a beaucoup marqué dans la
campagne de Faure reste son détachement vis-à-vis du RPT. Faure Gnassingbé
à travers tous ses passages a mis le parti de son père sous éteignoir. Il
n’a pas laissé se perpétuer ces folklores légendaires et dithyrambiques qui
marquaient le passage de son père. Dans ses discours, l’homme paraissait
plus proche du Togolais au sens premier du terme sans considération de
parti politique. Il était proche de tous les Togolais et cela séduisait
plus d’un. Décontracté, il pouvait justifier ce qui l’amenait à réclamer un
deuxième mandat. Les réformes et les travaux effectués, notamment, ceux des
marchés construits à travers les préfectures. Tout ceci constitue des
forces du candidat Faure qui attend seulement que le Mars lui permette de
couronner l’énergie déployée pour la circonstance.
Le Président Faure a également
des faiblesses, celles relatives à l’héritage RPT qu’il tient de son père.
Un héritage basé sur la frustration, la marginalisation et la gouvernance
hasardeuse. Ceci, il a démontré qu’il est prêt à s’en débarrasser, dans le
temps.
Le 04 mars, tous les Togolais
iront aux urnes pour choisir le président de la république. Chacun se
basera sur les mérites de tous les candidats pour choisir et ce n’est pas
l’autre challenger du président Faure qui démérite. Le secrétaire Général
de l’UFC Jean-Pierre Fabre pèse lourd dans la balance. Il a des forces
qu’il a faites valoir, il a aussi des faiblesses.
Jean-Pierre
FABRE
Les premières sorties du candidat
du FRAC ont été timidement accueillies par les populations. Ceci en raison
du cafouillage qui a marqué l’opposition à la veille de la campagne
électorale. Mais depuis que les choses se sont véritablement précisées,
c’est la mobilisation générale. Le staff du FRAC a suivi le candidat
Jean-Pierre Fabre à travers villes et campagnes de l’intérieur du pays pour
apporter le message de changement fondé sur des critiques acerbes à
l’endroit du parti du candidat Faure. Pour le FRAC, c’est le moment décisif
du changement et de l’alternance. Ils ont drainé des foules dans les
savanes, dans la région de la Kara et la région centrale, de
foules qui semblaient manifester leur ras-le-bol face au système politique
qui gouverne le Togo aujourd’hui. Les responsables du Front en sont
satisfaits et croient que l’alternance est possible. Possible tout
simplement parce qu’il est temps, selon eux, de sortir les populations de
la misère. Un message qui cadre avec la réalité dans les profondeurs du
Togo marquées par la pauvreté et les conditions de vie difficiles.
Jean-Pierre Fabre a des atouts certains. Il est
candidat de l’opposition, radicale qui sait chanter à la chanson sa propre
chanson pour le mettre en mouvement. Ensuite il est soutenu par un groupe
de personnes qui se donnent le
devoir de défier jusque sur le terrain le RPT. Les interventions en langue
Bassar de Kofi Yamgnane dans sa localité en faveur du candidat de FRAC, les
sorties d’Abi Tchessa en Kabyé dans le fief du RPT pour appeler à voter
contre le parti fragilisent le
candidat Faure Gnassingbé.
Jean Pierre Fabre devrait avoir
encore plus de popularité si son patron, Gilchrist Olympio l’avait soutenu
publiquement et plus tôt. Mais malheureusement, ce fut un coup dur pour le
jeune leader de voir la réticence du leader charismatique de son parti à
lui apporter son soutien. La crise née au sein de l’UFC sur la présentation
de la candidature de Jean-Pierre Fabre en lieu et place de celle de
Gilchrist Olympio indisponible, n’a pas du tout rendu service au candidat
du FRAC qui a traîné cette lacune tout le long de la campagne électorale.
Dimanche dernier, le Leader de
l’UFC a retrouvé la raison en revenant au pays, accueilli par une marée
humaine. Ceci aurait pu rendre service à Jean Pierre Fabre si ce soutien
venait plus tôt. Aujourd’hui, dans les propres rangs de l’UFC, la
candidature de Fabre suscite grincement de dents et polémiques ce qui
revient à évaluer ses chances qui se sont néanmoins accrues ces derniers
temps. Mais face aux autres candidats, Jean Pierre Fabre est le principal
challenger de Faure Gnassingbé. Les autres candidats de l’opposition
semblent tout simplement ramer à contre courant surtout que leur histoire
est minée de suspicions.
Le contexte
électoral après le 4 mars
Au-delà de toutes les campagnes
menées pour la non violence électorale, un vrai défi reste à relever au
lendemain du mars.
Naturellement, au niveau des états-majors des deux challengers, il est
prévu une mobilisation pour célébrer ou proclamer la victoire. Une
situation qui débouche inévitablement sur des altercations entre militants
et qui se traduit par des violences. La gestion de cette élection
présidentielle devrait être de rigueur. Les institutions compétentes
devraient jouer leur rôle dans la plus grande transparence. Les
observateurs devraient également rester vigilants face aux différents rôles
qu’ils sont appelés à jouer. Les résultats doivent refléter le vote des
citoyens et c’est en toute transparence que l’élection présidentielle
devrait se dérouler.
Les deux challengers ont à
présent à mettre le paquet ce jour, ce dernier jour de la campagne
électorale pour mobiliser davantage les électeurs en vue d’obtenir leur
vote.
Ceci semble bien huilé chez Fabre
qui a organisé une grande mobilisation de caravane et de meeting hier et
chez Faure qui a donné rendez-vous à la population de Kara dans son fief
après un grand meeting au stade de Kégué.