Les responsables du Comité d’Action pour le
Renouveau (CAR) s’attendaient à un miracle. Mais ils ont été
désagréablement surpris par les résultats du scrutin présidentiel. Pour les
observateurs avertis de la scène politique togolaise, ce score était
prévisible. « On ne récolte que ce que l’on a semé », disent
certains. Me Agboyibo pouvait accepter depuis le début de l’année 2009 où
il avait commencé les négociations avec Gilchirst OLYMPIO que la
candidature unique de l’opposition provienne de l’Union des Forces de
Changement (UFC) principal parti d’opposition. Mais il ne s’inscrivait pas
dans cette logique. Pire, il inventa une formule magique, « le retour
de l’ascenseur » que beaucoup de Togolais n’arrivent pas à comprendre.
Et lorsqu’on interroge l’auteur de cette formule, il l’explique par le fait
qu’en 2005, il avait soutenu la candidature de l’UFC et qu’en 2010,
lorsqu’il s’agit de dégager un candidat unique au sein de l’opposition,
l’UFC à son tour devrait le soutenir pour cette intention.
Une interprétation qui ne reçoit pas du tout
l’assentiment des Togolais qui estiment à tout ou raison que Me Agboyibo ne
joue pas un franc jeu. On lui reproche sa duplicité ; en 2005 beaucoup
de Togolais estimaient quoiqu’il soutenait le candidat unique de
l’opposition Emmanuel Bob Akitani de l’UFC, il était discrètement en
connivence avec le RPT et encourageait même Faure Gnassingbé de ne pas
laisser le pouvoir au candidat de l’opposition. Ce double jeu auquel il se
prêtait était connu du public qui l’avait à l’œil.
A l’issue de l’Accord Politique Global (APG), le
facilitateur Blaise Compaoré optait pour que la primature revienne à un
membre de l’UFC. En complicité avec le feu Président Omar BONGO du Gabon,
il réussit à convaincre Faure Gnassingbé qui le nomma premier ministre en
2006. Arrivé à la Primature, Me Agboyibo
semblait mettre entre parenthèses les fonctions régaliennes d’un
gouvernement. La population avait l’espoir qui changerait le vécu
quotidien. Rien de cela n’était fait. Le premier ministre issu de
l’opposition traditionnelle après 16 ans de lutte et qui la population
avait beaucoup d’espoir ne faisait que décevoir. Il ne cessait de chanter à
qui voulait l’entendre qu’il dirigeait un gouvernement de mission laquelle
consistait à organiser les
législatives.
En claire les problèmes socio-économiques
étaient relégués au second plan.
En Mai 2007, en réponse à un mouvement d’humeur
des enseignants du secondaire qui réclamaient l’augmentation des primes de
correction du BAC I, le premier vice-président du CAR, Me Gahoun EGBOR,
ministre de la communication et de la formation civique, porte parole du
gouvernement a déclaré aux grévistes qu’ils « manquaient de
civisme ». Ces propos avaient provoqué un véritable tollé au sein du
corps enseignant. La quotte de popularité du CAR diminuait à petits
coups.
La population déçue de la façon dont Me AGBOYIBO
gérait les affaires courantes du pays. Comme il fallait s’y attendre aux
élections législatives de 2007, c’était un véritable laminage. Le CAR s’en
est sorti avec quatre députés contrairement à trente six obtenus en 1994.
Cette déroute avait amené le leader du CAR à organiser des réformes au sein
du parti. En Octobre 2008, le parti a organisé son conseil national où les
instances du parti étaient renouvelées. Me Agboyibo céda son titre de
président national à Me APEVON Dodji pour devenir dorénavant président
d’honneur. Beaucoup croyaient qu’il allait s’effacer et laisser la nouvelle
équipe dirigeante prendre la relève. Mais c’est compter sans connaître les
désirs réels de l’ancien premier ministre. Son hégémonie continue de régner
sur le parti. Les changements de personnalités opérés n’étaient que de
façade sinon comment peut-on comprendre que le président national du parti
ne puisse pas accorder une interview sans l’aval du président
d’honneur.
De plus Me Agboyibo avait surpris plus d’un
Togolais en Mai 2009 d’un communiqué qu’il avait signé en tant que candidat
du parti à l’élection présidentielle. Preuve qu’il n’était pas prêt à
laisser le parti à la nouvelle équipe, plus
dynamique.
Tout au long de l’année 2009 les consultations
le CAR et l’UFC en vue de dégager un candidats unique de l’opposition
étaient une peine perdue, le CAR brandissant sa formule de « retour de
l’ascenseur » malgré son impopularité.
En 2010, d’autres politiques de l’opposition
notamment la
Convention Démocratique des Peuples
Africains (CDPA), l’OBUTS (Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo
Solidaire), le PDP (Parti Démocratique Panafricain) se sont mêlés à la
course. Les tractations tous azimuts en vue de dégager une candidature
unique étaient vaines. C’est ainsi que les candidats de l’opposition se
sont présentés à l’élection présidentielle en rangs dispersés. Le score que
certains candidats ont réalisé n’est pas surprenant. Mais ce qui étonne le
plus est celui de Me Agboyibo : 2,96% de l’électorat. Un score qui
révèle que le CAR est en perte de vitesse. Même dans son fief traditionnel
qui est la préfecture de Yoto, le RPT est en train de lui ravir les voix
(16 000 contre 15 000 voix pour le RPT) selon les chiffres
publiés par la
CENI.
A l’allure où vont les choses, Me Agboyibo
partage le destin de M. Edem Kodjo, qu’il a toujours accusé d’être un
leader sans scrupules qui a toujours roulé pour le RPT et contre le peuple
togolais. Les faits démontrent aujourd’hui que la situation du Bélier noir
n’a plus rien à envier à celle de l’ancien Secrétaire Général de l’OUA, et
son parti, dans sa descente
aux enfers actuel n’a rien à reprocher à la CPP d’Edem Kodjo. Même pipe, même
tabac. Me Agboyibo ferait mieux
de donner raison à Edem Kodjo qui a commencé plutôt ce que le bélier
noir a découvert plus tard.
Jean-Baptiste ATTISSO