C’est vendredi, 05 mars 2010, lendemain du
scrutin présidentiel que le candidat de l’UFC soutenu par le Front
Républicain pour l’Alternance et le Changement, le FRAC, Jean Pierre Fabre
a annoncé au cours d’une conférence de Presse qu’il est le vainqueur de
l’élection présidentielle. Il annonçait cette victoire en apportant la
preuve d’être largement en tête après le dépouillement des deux tiers des
bulletins qui concernaient les Régions Maritime et Plateaux. La candidat
était visiblement prêt à contester au cas les résultats de la CENI
apporteraient la preuve du contraire. Et justement, la situation des
résultats a évolué exactement comme le craignait Jean Pierre Fabre. Faure
Gnassingbé, candidat du RPT est venu en tête du scrutin avec plus d’un million de voix
(1.243.044) suivi de Jean Pierre Fabre qui se retrouve avec près de la
moitié, 692.584 voix. Une débâcle qui a sorti le candidat de l’UFC de ses
gongs pour protester et vigoureusement.
Depuis hier, les Forces de Sécurité de
l’Election Présidentielle FOSEP tentent en vain de maîtriser les militants
en colère de l’opposition mobilisés autour de Jean Pierre Fabre. Les autres
candidats de l’opposition qui ont été désillusionnés par la population
restent pour l’instant dans une situation d’analyse, n’ayant pas fini de
digérer la fessée électorale à eux infligée par l’Union des Forces de
Changement qui demeure le plus grand parti d’opposition au Togo. Le CAR
proteste contre les résultats qui font de Faure Gnassingbé le vainqueur du
Scrutin, annonçant une recours en annulation de l’élection. La CDPA a pris
tout simplement acte de son échec en constatant la bipolarisation de plus
en plus marquée de la vie politique togolaise et demande que toute
contestation soit examinée sans complaisance dans la sécurité avec le
concours de la communauté internationale. Une interpellation de la cour
constitutionnelle qui est compétente pour valider les résultats provisoires
publiés par la CENI après étude des recours des autres candidats.
Il est vrai, les élections au Togo ont été
toujours émaillées d’irrégularités, de fraudes et de violence. Et
malheureusement, ce sont les institutions chargées de les organiser qui
manquent à leur devoir. La
CENI n’allant souvent pas jusqu’au bout de sa mission en faisant publier
les résultats soit par un ministre de l’Intérieur ou soit dans des
conditions qui frisent la fraude. Un autre candidat, Agbéyomé Kodjo a
proclamé Jean Pierre Fabre vainqueur tout en demandant menaçant d’assurer
l’alternance.
Voilà donc le contexte politique qui
empoisonnent déjà la sérénité socio politique du Togo, les activités
normales étant limitées par la peur des manifestations et des troubles. Ce
qui laisse croire à une instabilité même si les autorités togolaises
prennent des dispositions musclées pour sécuriser le pays en appelant les
populations à ne pas céder à
la panique.
Autopsie d’un scrutin
surprenant
En analysant les résultats proclamés par la
Commission Electorale Nationale Indépendante, il est aisé de conclure que
le scrutin de 04 mars délivre des messages à tous les candidats.
Le Taux de participation insuffisant
Le taux d’abstention qui avoisine les 46% démontre la lassitude des togolais
à vivre des processus électoraux
qui se ressemblent les uns les autres : les mésententes
régulières dans les rangs de l’opposition qui fini par partir en rang
dispersé, les cafouillages dans l’organisation du scrutin et la
proclamation des résultats qui suscite légendairement des contestation et des
protestation et l’aboutissement naturel au dialogue avec la partage du
pouvoir dans des contextes
assez personnalisés et le cycle recommence pour une nouvelle élection.
Cette situation la plupart des togolais en ont marre et ne s’inscrivent pas
dans la logique d’aller voter et voir leur voix traînée dans le boue des
comportements de politiciens qui ne veulent vraiment pas amener les
populations à véritablement jouir de leurs droit civique. Le taux de participation du scrutin
du 04 mars dernier est de 64,68%, un taux inférieur à celui des élections
législatives de 2007. Il pénalise naturellement plus l’opposition, puisque
c’est dans les zones réputées acquises à celle-ci que les togolais ne sont
pas sortis nombreux pour voter.
Le taux des bulletins
nuls
L’élection présidentiel du 4 mars a connu
79 283 bulletins nuls soit 3,74%, un taux qui avoisine le score des
cinq derniers candidats réunis. Décrypté, il dénote le niveau très bas de
l’instruction civique des populations. Cela pourrait être évité si l’Etat
et les partis politiques menaient de véritables séances de sensibilisation
au vote à l’endroit des citoyens. Le niveau d’instruction étant bas, il
faudrait mettre l’accent sur l’éducation civique des populations puisque
sur les bulletins il a été constaté beaucoup d’anomalies. Les uns se trompe
de candidats et finissent par apposer l’encre dans deux cadres réservés,
les autres choisissent carrément d’autres endroits du bulletin pour y
mettre de l’encre qui fini par tacheter toutes autres parties. Bref,
l’annulation des bulletins pouvait aussi être évitée pour assurer un
scrutin sain.
L’avancée du RPT dans les
fiefs de l’opposition
D’après les résultats de la Commission
Electorale Nationale Indépendante, l’opposition a pratiquement perdu dans
ses zones d’influences. Dans le passé et au regard des résultats des
élections législatives, l’opposition maintenait suffisamment le cap dans
les zones du Sud, Lomé Commune, Ogou, Yoto, Kloto, Moyen Mono et même dans
la Savane. Mais ce scrutin a permis, tout en se fiant aux résultats de la
CENI que c’est la débâcle totale avec le candidat le plus significatif de
l’opposition Jean Pierre Fabre. A travers les résultats de la CENI, on
semble comprendre le désintérêt subit des togolais face aux stratégies de
l’opposition à conquérir le pouvoir. Cela s’explique sans ambages.
L’opposition togolaise a brillé dans ce
processus électoral par le cafouillage et l’imprécision. Elle n’a pas su
drainer les populations vers une assurance à aller aux élections et à les
remporter. La preuve, au
moment où le RPT était déjà en campagne anticipée, celle qui voyait le
président Faure sur tous les fronts offrir aux populations des outils et
inaugurer des réalisations, les partis d’opposition perdaient le temps à
réclamer un scrutin à deux tours qu’il n’obtiendront jamais et au pire des
cas à se disputer entre eux.
De même au moment où le RPT appelait ses
militants à aller s’inscrire sur les listes électorales, l’opposition
nourrissait l’espoir chez les populations que les élections ne se
tiendront, ce qui démobilisait
naturellement ses militants qui finalement ont été surpris par la tenue
d’une élection à laquelle ils étaient sensés participer, mais n’avaient de
pas de cartes d’électeurs. Autre situation qui a sanctionné l’opposition
est la disproportion des
moyens de campagne. Les populations aspirent au changement et à
l’alternance, mais aussi au bien être. La pauvreté et la misère dans
laquelle sont plongées les populations les obligent à céder à n’importe
quelle manipulation. Lorsque les populations se bousculent pour de simples
gadgets, lorsque villages entiers acceptent de prendre des cargos pour venir à des meetings et s’en sortir
avec quelques billets de banques, lorsque les taxis moto sont rassurés
qu’ils auront leur carburant quotidien et en plus de l’argent pour juste faire une
caravane et lorsque les jeunes qui participent aux mouvement de
l’opposition ont du travail ou des promesses de travail avec des avances,
il est clair que le terrain ne sera plus favorable à l’opposition. Une
population est souvent séduite par le contenu des discours des candidats.
Dans la comparaison, le discours de campagne des partis d’opposition togolaise n’était pas à la
hauteur du niveau des populations togolaises qui ont acquis une maturité
dans la vision d’appréhension. Ne possédant pas les moyens de l’Etat, ils
n’avaient aucun argument à faire valoir, ni aucune réalisation à vanter
alors que Faure a réussi à effectuer des réalisations avec des moyens de
l’Etat qui ont servi de béquilles à sa campagne.
Or, au début de la campagne électorale, alors que le programme
du RPT de l’OBUTS, du PRR étaient disponible et ses distribuaient comme du
petit pain, les principaux partis n’avaient pas encore leur programme
disponible. Le quotidien National Togo Presse, dans sa mission d’effectuer
l’équité requise à dû laisser la place vide qui était consacré au CAR de Me Yawovi Agboyibo. Une
page restée vierge tout simplement parce que ce candidat n’avait pu fournir
son programme. Ceci constitue une légèreté grave pour un candidat qui
aspire à la magistrature suprême. Et pour couronner le tout, l’avantage que
le RPT avait sur les partis d’opposition est l’impact d’une campagne
nourrie de distribution de gadgets, d’argent et une manœuvre redoutable
d’achat de conscience. Aux dernières heures de la campagne, ceux qui
avaient eu la chance d’être approché par le RPT ont dû savourer des fruits
de la manipulation. Et cela a eu son effet le lendemain, jour du
vote.
La fessée électorale à
Agboyibo et ses compères
Les résultats de l’élection présidentielle du 04
mars dernier ont permis de comprendre que les togolais ne sont pas dupes et
observent les leaders qui tentent de mener tout un peuple en bateau par des
jeux de cache-cache. Celui qui a le plus été sanctionné pour son inconduite
et sont caractère de duplicité est Me Yawovi Agboyibo. Laminé à travers le
pays, tutoyé dans son propre fief par le RPT, le leader du CAR vient très
loin en troisième position
avec un peu plus de 2% des voix. C’est un affront pour ce parti dont
le leader ne cesse de zézayer entre l’opposition et le RPT sans
considération pour ses électeurs. Les populations togolaises ont compris,
les électeurs du Yoto natal ont compris que leur leader n’est pas différent
de celui du RPT et ont plutôt voulu rendre utile leur voix en votant pour
le RPT. A l’analyse, à défaut de se rallier au candidat du FRAC que Me
Agboyibo n’a cessé de critiquer, il lui aurait fallu de clarifier sa
position en appelant à voter pour le RPT. Ce faisant, le CAR a aujourd’hui
la même carrure et la même implantation politique que la CPP d’Edem Kodjo,
ou encore la NDPD de Yidi Justin et pourquoi pas, le Nid, le PDP, et autres
sigles qui distraient la scène politique togolaise.
Avec ce vote sanction, il est clair que la
question de la candidature unique, loin d’apporter un plus au plus grand
parti de l’opposition viendra tout simplement cacher les tares et les
insuffisances des partis comme le CAR que le scrutin de 2010 vient de
démasquer à suffisance.
Le rôle trouble de Gilchrist
Olympio
Le rôle joué dans ce processus par le leader de
l’UFC, Gilchrist Olympio est incompréhensible. Voilà un leader qui est
rendu indisponible par son état de santé à venir déposer son dossier de
candidature, remplacé par son homme de main, il pique une colère d’hérisson
en multipliant des déclarations tapageuses qui ont fini par fragiliser le
candidat d’un parti qu’il a rendu populaire. Ce rôle trouble de Gilchrist
Olympio n’a pas du tout rendu service à Jean Pierre Fabre qui a perdu des
plumes surtout qu’à son retour, au lieu de rectifier le tir en manifestant
son soutien à Jean Pierre Fabre, Gilchrist Olympio s’est engagé dans des
discours du genre à ne point donner crédit et importance au candidat de son
parti. Ceci n’aura pour résultat que de réduire les voix au candidat de
l’UFC lors de l’élection.
Le contexte alambiqué
Le contexte politique actuel est à présent
alambiqué. Faure Gnassingbé proclamé vainqueur de l’élection reste serein
et attend la suite que réserve la cour constitutionnelle qui à priori ne va
rien changer aux résultats de la CENI. Alors que cette sérénité se fait
remarquer au RPT, l’UFC promet des lendemains d’insomnie aux autorités.
L’annonce de la nomination d’un Premier ministre en la personne de Kofi
Yamgnane et de la formation d’un gouvernement par Jean Pierre Fabre donne
des sueurs chaudes au RPT qui sera résolu à ouvrir les négociations.
Négociations à travers un dialogue politique qui
aboutira à la formation d’un nouveau gouvernement qui sera composé des
partis alimentaires et opportunistes et du RPT, l’UFC de Fabre n’étant
pas a priori prête pour cette
solution. C’est la rengaine
qui risque encore de voir les politiciens togolais entrer et sortir dans ce
scénario sans consistance. Or au RPT, l’ouverture d’un dialogue politique
en vue de la formation d’un gouvernement d’union nationale est synonyme de
la reconnaissance d’une élection dont les résultats ne reflètent ceux
annoncés par la CENI. Dans un pays normal, à une élection normale, le
vainqueur a le libre choix d’organiser la gestion du pays. Cela permet de
justifier son mandat, or, pour les cinq dernières années, ce furent des
gouvernement de soubresauts, où certains après avoir collaboré avec le
RPT travers un dialogue
politique se sont mis dehors pour se remettre dans leur peau d’opposant et
critiquer ce qu’ils ont contribuer à gâter dans le pays.
L’issue du bras de
Fer
La cour constitutionnelle va se prononcer sur
les résultats de la CENI ; si c’est le RPT qui est confirmé, il lui
appartiendra de gouverner et de produire un bilan après cinq ans et c’est à
l’issue de cela que le peuple saura en quoi il est possible de sanctionner
le RPT ou de lui renouveler sa confiance. Quant au bras de fer qui oppose
Jean Pierre Fabre à Faure, chacun reste dans l’attente de l’aboutissement
de ce duel. Faure l’emportera s’il maintien le cap de la conservation de sa
victoire, Fabre l’emportera s’il trouve les moyens de revendiquer sa victoire et de
l’assumer. Tout passera donc par les méthodes et les stratégies de l’un et
de l’autre pour la survie de la Démocratie au Togo