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  EDITORIAL
MINISTRES DEVANT LES DEPUTES/ LES A-COTES QUI FONT MARRER
Les nouveaux ministres du Gouvernement Houngbo II étaient devant l’assemblée vendredi dernier pour présenter la Déclaration de Politique Générale. Au-delà du sérieux qui devrait marquer cette cérémonie solennelle, le palais des congrès avait fait l’objet des scènes qui devraient faire marrer les invités à cette cérémonie. Le décor, au niveau des ministres, le Premier Ministre devant comme accusé à la barre, derrière, les ministres assis en rangs d’oignons comme des ouailles, par ordre de grade, suivant le protocole. Les plus importants, à partir des Ministres d’Etat aux moins importants, aux ministres délégués.   Lire...
 
  

LE CERCLE DU POUVOIR FAURE MINE PAR L’INFLUENCE D’UNE DAME/ INGRID AWADE : LES FRASQUES D’UNE IMPLACABLE VENGEANCE…
Le second quinquennat de Faure Gnassingbé s’annonce sur des braises ardentes marquées par des suspicions intestines, des règlements de comptes, des sanctions tous azimuts et des menaces régulières sur la gestion d’un entourage multiforme assis sur patrimoine alambiqué. Au centre de la polémique, Ingrid Awadé Nanan, du nom de la toute puissante Directrice Générale des Impôts, très proche du Chef de l’Etat et nantie de tous les pouvoirs décisionnaires. Elle est omniprésente dans la vie du président. L’héritage familial, l’économie du pays, la vie politique, la nomination ou le limogeage des personnalités. Et pour ceux qui ont le malheur de se placer en travers de son parcours, elle écrase tout simplement. Victimes, coupables, innocents ou rebelles se comptent par dizaines, dame Ingrid est imperturbable, tant que Faure Gnassingbé sera au pouvoir, n’en déplaise aux détracteurs. Descente dans le cercle d’un pouvoir brassé dans un cocktail d’argent, d’alcool, de sexe et d’influence au centre duquel se trouve une dame qui anime les frasques d’une implacable vengeance.

Vendredi, 12 janvier 2007, quartier nord de Lomé la capitale du Togo. Toutes les autorités étaient réunies autour de l’inauguration du nouveau siège de la LONATO, la Loterie Nationale Togolaise, une autre planche à billets du clan Gnassingbé. Autorités politiques et administratives, ministres en fonction et anciens ministres, députés  à l’assemblée, directeurs généraux du secteur public et privé, chefs traditionnels attendaient avec ferveur l’arrivée du Chef de l’Etat. 15 heures 42, un silence de mort régna sur l’assistance. Un an un, les invités qui étaient déjà installés se levaient pour baisser la tête en guise de respect. Le chairman de la cérémonie, qui ne comprenait encore rien de la situation voulut engagé une animation dans le micro quand il fut intercepté par une remontrance menaçante. Tout ce protocole pour saluer l’arrivée d’une dame qui devait venir s’installer. Elle passa en revue les différentes autorités, de l’ancien Premier Ministre Koffi Sama aux différents directeurs de sociétés qui se pliaient en deux pour saluer l’illustre personnage. Des murmures se dégageaient de l’assistance pour savoir celle qui était aussi importante pour soulever des plus hautes autorités. Les uns  susurraient qu’il s’agissait d’une des filles du Feu Président Eyadéma, avant d’être finalement situé sur la personne dont il s’agissait. Ingrid Awadé, la Directrice Générale des Impôts. Elle bénéficiait de cet égard spécial, pas en raison de son titre, mais de son influence aux côtés du Chef de l’Etat, Faure Gnassingbé. Elle est au centre de toutes les décisions. Cette banale scène qui a retenu l’attention de plus d’une personne nous a rappelé le jour où nous avons fait la connaissance de la Dame. Nous étions en 2004, dans les locaux de la SNI, une banque que dirigeait Feu Richard Attipoé. L’ancien ministre nous l’a présentée  en ces termes : « Vous la connaissez, c’est une amie, très dynamique. Il faut l’accompagner, elle a beaucoup de talent et est la Directrice de la SGI»  Après son départ, Atipoé nous a confié qu’elle est très bien et qu’il l’aime bien. Mais nous n’avons jamais eu  l’occasion de la rencontrer avant qu’elle ne soit bombardée à la tête des Impôts, en remplacement du Feu Colonel de Souza. Depuis, elle est respectée et au centre de toutes les intrigues. Payadowa Boukpessi est passé à l’échafaud, Charles Takou n’a pas été épargné, Gilbert Bawara a payé les frais, la liste est longue. Avec le porte-parole du Gouvernement actuellement, c’est la lune de miel. L’entente est parfaite, « en attendant Godot », des lendemains pires ou meilleures, cela dépendra de son humeur.

 

 

Ingrid Awadé, un profil alléchant

 

Nul ne peut contester la place de Directrice des Impôts de cette dame de la quarantaine. Elle l’assume à travers un backgroung assez nourri. Après des études primaires et secondaires au Togo, Ingrid Awade-Nanan a effectué ses études en AES (Administration Economique et Sociale) à l’Université de Poitiers dans les années 1993-1998. Une formation généraliste qui ne consacre pas une expertise en matière d’Economie, ni de gestion ni de droit.  Suite à cette formation, elle a suivi une formation à l’IAE (Institut d’Administration des Entreprises) avec un DU (Diplôme universitaire) qui initie les Etudiants en matière de Systèmes d’Information et de Contrôle. L’objectif de la formation était de donner un aperçu, de permettre à des étudiants généralistes d’avoir des notions en matière de contrôle de gestion et d’aide à la décision. (Aujourd’hui ce DU est devenu un Master avec un programme qui vise l’acquisition d’une expertise).

En 1998 Mlle Awade revient au Togo où elle fait « carrière » : Responsable de la Négociation et de la Gestion de portefeuille à la Société de Gestion et d’Intermédiation du Togo (SGI - TOGO), Chargée d’Affaires, Fondée de Pouvoir Principal du Fonds de Garantie des Investissements Privés en Afrique de l’Ouest (FONDS GARI), une Institution Financière Internationale. En 2003, elle prend la direction de la Société de Gestion et d’Intermédiation du Togo (SGI - TOGO). C’est après ce soubresaut  ponctué par le lancement de l’opération d’emprunts obligataires qui lui permis de mobiliser 36 milliards de francs CFA, qu’elle a été nommée conseillère financière de Faure Gnassingbé, président de la République. Avec ce titre, sous la bénédiction du Président elle veille désormais sur les intérêts des Gnassingbé et  ne laisse filer aucun centime au grand dam des frères du Président qui ont engagé entre temps une guerre sans merci, vite décapitée après l’arrestation de Kpatcha Gnassingbé, l’autre frère plutôt brut dans ses stratégies. A côté de ce portrait reluisant ses détracteurs lui en ajoutent des plus acariâtres : le sexe et l’alcool. Des supputations difficilement vérifiables et affectant la vie privée  que nous prenons le soin de mettre sous éteignoir.

Mais Ingrid, aime la vie. La bamboula, la grande ambiance avec une musique à fond, des bouteilles de champagne à sauter à la régulière, la danse et le fantasme. Un profil qui l’approche souvent de personnages du même goût et du même tempérament qui finissent par lier avec elle une relation exceptionnelle qui finit par se transformer en haine et rivalité. Les plus avertis s’abstiennent lorsqu’ils sont saisis du niveau d’intimité qui la lie au président. Les moins tombent dans le piège et se font broyés.

 

Kpatcha Gnassingbé, le cobaye

 

C’est bien évidemment le demi-frère du Président de la République Kpatcha Gnassingbé qui a servi de cobaye aux manœuvres de Ingrid Awadé.  Il aurait été son partenaire,  avant que les choses ne changent dans le sens inverse. Une situation qui révoltait naturellement le Gros qui disait à qui voulait l’entendre qu’il était totalement opposé à l’intrusion de cette dame dans la famille. Il l’a réaffirmé à des journaux internationaux en indexant Ingrid comme la lèpre du patrimoine Gnassingbé. Provoquée, Ingrid avait engagé alors un véritable combat contre le frère du Président en détruisant tous les réseaux qui rapportaient au député.  Réseaux de libanais et Indo pakistanais, dividendes sur les recettes des sociétés d’Etat, trafics divers qui faisaient la richesse de Kpatcha ont fondu comme un morceau de glace. Ailleurs, il s’organisait des manœuvres et autres montages pour présenter surtout à l’extérieur Kpatcha Gnassingbé comme le rebelle, le démon de la nation. Certaines personnes tombées aujourd’hui en disgrâce aidaient la dame à mener cette campagne qui a pris comme de la mayonnaise. Conséquence directe, Kpatcha Gnassingbé aura été accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat après que son domicile ait été attaqué nuitamment à l’arme lourde. Depuis plus d’un an, il passe ses jours dans les grilles de l’Agence Nationale des Renseignement sans avoir obtenu un jugement, lui et ses co-accusés. Il aura été le cobaye malgré les bonnes relations qui l’ont lié à Dame Ingrid. Victime numéro 1.

 

Payadowa Boukpessi est passé à l’échafaud.

 

Payadowa Boukpessi était un ministre influent de l’Economie et des Finances. Il a toujours fonctionné même après la mort du Général Eyadéma comme l’ordonnateur des dépenses de la famille Gnassingbé. Le péché qu’il a commis est d’outre passer les consignes donnés, destinés à neutraliser les manœuvres de Kpatcha Gnassingbé. Sous l’influence de Dame Ingrid, il lui été formellement interdit de sortir un seul centime en direction de l’Ex Ministre de la défense. Embarrassé dans une situation où le Président lui interdisait et le demi-frère mettait la pression, il a cédé en débloquant la somme de 800 millions à Kpatcha Gnassingbé. Lorsque Dame Ingrid a voulu en savoir plus, Boukpessi qui aurait été aussi  intime « ami »  l’a traité d’un qualificatif assez humiliant que nous prenons le soin de taire. Elle serait sortie en larmes jusqu’au chef de l’Etat pour lui raconter sa mésaventure. La suite a été épouvantable pour l’actuel député du RPT. Il a été sauté du Ministère des finances sans préavis et sans justification. C’est à la suite de plusieurs médiations qu’il a été autorisé à se présenter comme candidat du RPT aux élections législatives de 2007. Depuis lors, il est rentré dans sa coquille. L’implacable vengeance a encore sévi.

 

Charles TAKOU  n’a pas été épargné.

 

Charles Takou est le malheureux Directeur Général de la Société Nationale des Phosphates du Togo (SNPT), sauté sans raison  alors qu’il était en voyage. A ce jour, le sieur Florent Manganawé qui a été la pièce maîtresse de ce putsch n’a pu justifier  à ce jour ce qu’on lui reproche dans la gestion. Ex de la Dame de fer, Charles Takou a voulu mener une gestion trop orthodoxe, privant des caisses noires de certains magots. Or,  Ingrid qui se trouve au centre de la gestion du patrimoine déteste la désobéissance et ne manque pas de stratagème pour punir, et sévèrement. La traversée du désert serait terminée chez l’ancien DG de la SNPT mais ses relations avec la DGI ne sont pas toujours au beau fixe. Le Président tente de calmer le jeu en l’invitant de plus en plus à certaines occasions privées, notamment le gala privé du 06  mars 2010 qui avait consisté à célébrer la victoire de Faure,  proclamée le jour même par la CENI.

 

Gilbert BAWARA, au centre de la polémique.

 

Dans notre précédente parution, nous avons fait état en tout cas du degré d’intimité qui existe entre l’ancien Ministre de la coopération et la Directrice des impôts, amie du président. Cela est indéniable, mais nous avons pris soin de ne point tirer la conclusion, sinon d’avoir une attitude prudente sur la question, rien ne pouvant prouver l’effectivité d’une profonde relation. Ou bien le ministre est tombé dans le piège en n’alertant pas le président sur les fréquentations persistantes d’Ingrid qui l’obligent à abandonner les lieux pour revenir plus tard, ou bien il y a une complicité que seuls les deux partenaires peuvent, bien entendu savoir.

Est-ce  cela qui est la cause du départ du Gouvernement de Gilbert, cela est plausible si les faits sont avérés ou bien si la suspicion n’a pas été levée. Dans ce cas, c’est normal même si ce n’est pas logique que les affaires privées reflètent sur le fonctionnement, de l’Etat. Mais la réaction serait similaire chez tout patron qui soupçonne des relations entre un collaborateur et sa maîtresse. Il en sera une victime si c’est dame Ingrid qui a organisé des scènes pour l’inculper, et dans ce cas, l’on se demande à quelle fin.

Seulement, qui s’y frotte, dit-on souvent, s’y pique. La festivité organisée le 06 mars par le Chef de l’Etat à laquelle il y eut un excès de bombance a montré des scènes assez inquiétantes dans la nuit profonde et dans les jardins de Lomé II. Le Chef de l’Etat y était avant d’abandonner les festoyeurs sur place. Il serait imprudent dans ce cas de dévoiler les scènes «  parfois érotiques qui ont meublé la partie. Le débat est donc lancé, quitte aux personnes concernées de le démentir par quelques moyens que ce soit.

Dans toutes nos analyses qui ont précédé la formation du nouveau Gouvernement,  nous avons fait part de la compétence de Gilbert Bawara. Mais la surprise qu’il n’a pas été reconduit nous a obligé à chercher des pistes pour en savoir les raisons et c’est l’une des pistes. Si elle est la mauvaise, nous poursuivrons en toute honnêteté nos investigations, sans état d’âme. Mais seulement ceux qui sont passés dans les rayons de  Dame Ingrid finissent par sombrer dans l’éclipse de leur carrière, s’ils faillissent à des desiderata. Aujourd’hui, c’est l’ex ministre de la coopération qui se trouve au centre de la polémique. Il n’est pas né pour être ministre, il a fait cinq ans avec son frère et ami le président qui peut le solliciter ailleurs et nous continuerons de croire  que l’humeur et les pulsions ne devraient pas être la cause de décisions d’Etat et tout citoyen obtiendra ce qu’il mérite en toute responsabilité.

 

Pascal Bodjona, la lune de miel

 

Le nom du porte-parole du Gouvernement ne serait pas paru dans ce dossier si le magazine International La lettre du Continent ne l’avait pas cité comme l’une des personnes de confiance de dame Ingrid. Dans sa parution, la lettre du Continent explique que Ingrid Awadé compte lancer un mouvement politique de soutien à Faure Gnassingbé. Ce projet est aussi vieux que mathusalem. Le Président devrait créer son parti même avant les dernières élections législatives, mais c’est en raison de certaines contraintes liées notamment au RPT que cela n’a pu se faire. Un courant d’amis, proches de Faure étudie encore ce projet qui servira à débarrasser le Président engagé dans des réformes du Karma assez lugubre que le RPT subi et qu’il est obligé d’assumer contre son gré. C’est normal que Pascal Bodjona, Secrétaire aux affaires politiques du RPT s’attache à une dame, très intime du Président pour soit faire capoter cette initiative si cela n’arrange pas son président ou la soutenir si cela lui fait du bien.

Mais dans ce cas précis, Pascal Bodjona qu’on connaît comme animal politique, rusé et fin stratège, voire espiègle pourra t – il lui aussi mordre et tomber dans le piège ?

C’est pourquoi, la proximité dont parle la lettre du Continent a beaucoup plus son sens sur le plan politique et nous osons la baptiser la Lune de miel qui pourra arranger une situation pour le président ou dans le pire des cas la fracasser et dans tout les cas, l’épée de Damoclès pèse sur Pascal qui pourra si imprudence il y a, tomber en disgrâce comme ses prédécesseurs, ou continuer à s’imposer comme aujourd’hui. Les lendemains d’une lune de miel ont toujours ces deux aspects.

 

Les cas d’école

Le  pouvoir politique dans la plupart des pays du monde se fonde sur des polémiques au centre desquelles se trouve souvent la femme. De Louis XIII à Nicola Sarkozy en France, de Georges Washington à Barack Obama aux Etats Unis en passant par Bill Clinton, les références faites de la dame de fer ivoirienne, épouse du président, les polémiques organisées autour du Président Yayi Boni et sa Ministre chargée des micro crédits, sont autant d’exemples qui corroborent le fait que le pouvoir est intimement lié à la femme et à l’argent. Et dans la plupart des cas, c’est la dextérité et la présence d’esprit de l’homme du pouvoir qui maintient l’équilibre. Si le dirigeant se laisse trop aller à la femme, c’est le déluge. S’il s’engage dans la bataille pour de l’argent et rien que de l’argent, c’est la catastrophe.

Leçon pour nos dirigeants dont les règnes restent dominés par l’influence des dames de fer, qui au lieu de protéger le pouvoir, le fragilisent et finissent par le couler. 

Affaire à suivre

 

Carlos KETOHOU

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