Vendredi, 12 janvier 2007, quartier nord de Lomé la
capitale du Togo. Toutes les autorités étaient réunies autour de
l’inauguration du nouveau siège de la LONATO, la Loterie Nationale
Togolaise, une autre planche à billets du clan Gnassingbé. Autorités
politiques et administratives, ministres en fonction et anciens ministres,
députés à l’assemblée,
directeurs généraux du secteur public et privé, chefs traditionnels
attendaient avec ferveur l’arrivée du Chef de l’Etat. 15 heures 42, un
silence de mort régna sur l’assistance. Un an un, les invités qui étaient
déjà installés se levaient pour baisser la tête en guise de respect. Le
chairman de la cérémonie, qui ne comprenait encore rien de la situation
voulut engagé une animation dans le micro quand il fut intercepté par une
remontrance menaçante. Tout ce protocole pour saluer l’arrivée d’une dame
qui devait venir s’installer. Elle passa en revue les différentes
autorités, de l’ancien Premier Ministre Koffi Sama aux différents
directeurs de sociétés qui se pliaient en deux pour saluer l’illustre
personnage. Des murmures se dégageaient de l’assistance pour savoir celle
qui était aussi importante pour soulever des plus hautes autorités. Les
uns susurraient qu’il
s’agissait d’une des filles du Feu Président Eyadéma, avant d’être
finalement situé sur la personne dont il s’agissait. Ingrid Awadé,
la Directrice Générale des Impôts.
Elle bénéficiait de cet égard spécial, pas en raison de son titre, mais de
son influence aux côtés du Chef de l’Etat, Faure Gnassingbé. Elle est au
centre de toutes les décisions. Cette banale scène qui a retenu l’attention
de plus d’une personne nous a rappelé le jour où nous avons fait la
connaissance de la
Dame. Nous étions en 2004, dans les locaux de
la SNI, une
banque que dirigeait Feu Richard Attipoé. L’ancien ministre nous l’a
présentée en ces termes :
« Vous la connaissez, c’est une amie, très dynamique. Il faut
l’accompagner, elle a beaucoup de talent et est la Directrice de la SGI» Après son départ, Atipoé nous a
confié qu’elle est très bien et qu’il l’aime bien. Mais nous n’avons jamais
eu l’occasion de la rencontrer
avant qu’elle ne soit bombardée à la tête des Impôts, en remplacement du
Feu Colonel de Souza. Depuis, elle est respectée et au centre de toutes les
intrigues. Payadowa Boukpessi est passé à l’échafaud, Charles Takou n’a pas
été épargné, Gilbert Bawara a payé les frais, la liste est longue. Avec le
porte-parole du Gouvernement actuellement, c’est la lune de miel. L’entente
est parfaite, « en attendant Godot », des lendemains pires ou
meilleures, cela dépendra de son humeur.
Ingrid Awadé, un profil
alléchant
Nul ne peut contester la place de Directrice des
Impôts de cette dame de la quarantaine. Elle l’assume à travers un
backgroung assez nourri. Après des études primaires et secondaires au Togo,
Ingrid Awade-Nanan a effectué ses études en AES (Administration Economique
et Sociale) à l’Université de Poitiers dans les années 1993-1998. Une
formation généraliste qui ne consacre pas une expertise en matière
d’Economie, ni de gestion ni de droit. Suite à cette formation, elle a suivi une formation à
l’IAE (Institut d’Administration des Entreprises) avec un DU (Diplôme
universitaire) qui initie les Etudiants en matière de Systèmes
d’Information et de Contrôle. L’objectif de la formation était de donner un
aperçu, de permettre à des étudiants généralistes d’avoir des notions en
matière de contrôle de gestion et d’aide à la décision. (Aujourd’hui ce DU
est devenu un Master avec un programme qui vise l’acquisition d’une
expertise).
En 1998 Mlle Awade revient au Togo où elle fait «
carrière » : Responsable de la Négociation et de la Gestion de
portefeuille à la Société de Gestion et
d’Intermédiation du Togo (SGI - TOGO), Chargée d’Affaires, Fondée de
Pouvoir Principal du Fonds de Garantie des Investissements Privés en
Afrique de l’Ouest (FONDS GARI), une Institution Financière Internationale.
En 2003, elle prend la direction de la Société de Gestion et
d’Intermédiation du Togo (SGI - TOGO). C’est après ce soubresaut ponctué par le lancement de
l’opération d’emprunts obligataires qui lui permis de mobiliser 36
milliards de francs CFA, qu’elle a été nommée conseillère financière de
Faure Gnassingbé, président de la République. Avec ce titre,
sous la bénédiction du Président elle veille désormais sur les intérêts des
Gnassingbé et ne laisse filer
aucun centime au grand dam des frères du Président qui ont engagé entre
temps une guerre sans merci, vite décapitée après l’arrestation de Kpatcha
Gnassingbé, l’autre frère plutôt brut dans ses stratégies. A côté de ce
portrait reluisant ses détracteurs lui en ajoutent des plus
acariâtres : le sexe et l’alcool. Des supputations difficilement
vérifiables et affectant la vie privée que nous prenons le soin de mettre sous éteignoir.
Mais Ingrid, aime la vie. La bamboula, la grande
ambiance avec une musique à fond, des bouteilles de champagne à sauter à la
régulière, la danse et le fantasme. Un profil qui l’approche souvent de
personnages du même goût et du même tempérament qui finissent par lier avec
elle une relation exceptionnelle qui finit par se transformer en haine et
rivalité. Les plus avertis s’abstiennent lorsqu’ils sont saisis du niveau
d’intimité qui la lie au président. Les moins tombent dans le piège et se
font broyés.
Kpatcha Gnassingbé, le
cobaye
C’est bien évidemment le demi-frère du Président de
la République Kpatcha Gnassingbé qui a servi de cobaye aux manœuvres de
Ingrid Awadé. Il aurait été
son partenaire, avant que les
choses ne changent dans le sens inverse. Une situation qui révoltait
naturellement le Gros qui disait à qui voulait l’entendre qu’il était
totalement opposé à l’intrusion de cette dame dans la famille. Il l’a
réaffirmé à des journaux internationaux en indexant Ingrid comme la lèpre
du patrimoine Gnassingbé. Provoquée, Ingrid avait engagé alors un véritable
combat contre le frère du Président en détruisant tous les réseaux qui
rapportaient au député.
Réseaux de libanais et Indo pakistanais, dividendes sur les recettes
des sociétés d’Etat, trafics divers qui faisaient la richesse de Kpatcha
ont fondu comme un morceau de glace. Ailleurs, il s’organisait des
manœuvres et autres montages pour présenter surtout à l’extérieur Kpatcha
Gnassingbé comme le rebelle, le démon de la nation. Certaines personnes
tombées aujourd’hui en disgrâce aidaient la dame à mener cette campagne qui
a pris comme de la mayonnaise. Conséquence directe, Kpatcha Gnassingbé aura
été accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat après que son domicile ait été
attaqué nuitamment à l’arme lourde. Depuis plus d’un an, il passe ses jours
dans les grilles de l’Agence Nationale des Renseignement sans avoir obtenu
un jugement, lui et ses co-accusés. Il aura été le cobaye malgré les bonnes
relations qui l’ont lié à Dame Ingrid. Victime numéro
1.
Payadowa Boukpessi est passé à
l’échafaud.
Payadowa Boukpessi était un ministre influent de
l’Economie et des Finances. Il a toujours fonctionné même après la mort du
Général Eyadéma comme l’ordonnateur des dépenses de la famille Gnassingbé.
Le péché qu’il a commis est d’outre passer les consignes donnés, destinés à
neutraliser les manœuvres de Kpatcha Gnassingbé. Sous l’influence de Dame
Ingrid, il lui été formellement interdit de sortir un seul centime en
direction de l’Ex Ministre de la défense. Embarrassé dans une situation où
le Président lui interdisait et le demi-frère mettait la pression, il a
cédé en débloquant la somme de 800 millions à Kpatcha Gnassingbé. Lorsque
Dame Ingrid a voulu en savoir plus, Boukpessi qui aurait été aussi intime « ami » l’a traité d’un qualificatif assez
humiliant que nous prenons le soin de taire. Elle serait sortie en larmes
jusqu’au chef de l’Etat pour lui raconter sa mésaventure. La suite a été
épouvantable pour l’actuel député du RPT. Il a été sauté du Ministère des
finances sans préavis et sans justification. C’est à la suite de plusieurs
médiations qu’il a été autorisé à se présenter comme candidat du RPT aux
élections législatives de 2007. Depuis lors, il est rentré dans sa
coquille. L’implacable vengeance a encore sévi.
Charles TAKOU n’a pas été épargné.
Charles Takou est le malheureux Directeur Général de
la
Société Nationale des Phosphates du Togo (SNPT), sauté
sans raison alors qu’il était
en voyage. A ce jour, le sieur Florent Manganawé qui a été la pièce
maîtresse de ce putsch n’a pu justifier à ce jour ce qu’on lui reproche dans la gestion. Ex de
la Dame de
fer, Charles Takou a voulu mener une gestion trop orthodoxe, privant des
caisses noires de certains magots. Or, Ingrid qui se trouve au centre de la gestion du
patrimoine déteste la désobéissance et ne manque pas de stratagème pour
punir, et sévèrement. La traversée du désert serait terminée chez l’ancien
DG de la
SNPT mais ses relations avec la DGI ne sont pas toujours au beau
fixe. Le Président tente de calmer le jeu en l’invitant de plus en plus à
certaines occasions privées, notamment le gala privé du 06 mars 2010 qui avait consisté à
célébrer la victoire de Faure,
proclamée le jour même par la CENI.
Gilbert BAWARA, au centre de la
polémique.
Dans notre précédente parution, nous avons fait état
en tout cas du degré d’intimité qui existe entre l’ancien Ministre de la
coopération et la Directrice des impôts, amie du président. Cela est
indéniable, mais nous avons pris soin de ne point tirer la conclusion,
sinon d’avoir une attitude prudente sur la question, rien ne pouvant
prouver l’effectivité d’une profonde relation. Ou bien le ministre est
tombé dans le piège en n’alertant pas le président sur les fréquentations
persistantes d’Ingrid qui l’obligent à abandonner les lieux pour revenir
plus tard, ou bien il y a une complicité que seuls les deux partenaires
peuvent, bien entendu savoir.
Est-ce
cela qui est la cause du départ du Gouvernement de Gilbert, cela est
plausible si les faits sont avérés ou bien si la suspicion n’a pas été
levée. Dans ce cas, c’est normal même si ce n’est pas logique que les
affaires privées reflètent sur le fonctionnement, de l’Etat. Mais la
réaction serait similaire chez tout patron qui soupçonne des relations
entre un collaborateur et sa maîtresse. Il en sera une victime si c’est
dame Ingrid qui a organisé des scènes pour l’inculper, et dans ce cas, l’on
se demande à quelle fin.
Seulement, qui s’y frotte, dit-on souvent, s’y pique.
La festivité organisée le 06 mars par le Chef de l’Etat à laquelle il y eut
un excès de bombance a montré des scènes assez inquiétantes dans la nuit
profonde et dans les jardins de Lomé II. Le Chef de l’Etat y était avant
d’abandonner les festoyeurs sur place. Il serait imprudent dans ce cas de
dévoiler les scènes « parfois érotiques qui ont meublé la partie. Le
débat est donc lancé, quitte aux personnes concernées de le démentir par
quelques moyens que ce soit.
Dans toutes nos analyses qui ont précédé la formation
du nouveau Gouvernement, nous
avons fait part de la compétence de Gilbert Bawara. Mais la surprise qu’il
n’a pas été reconduit nous a obligé à chercher des pistes pour en savoir
les raisons et c’est l’une des pistes. Si elle est la mauvaise, nous
poursuivrons en toute honnêteté nos investigations, sans état d’âme. Mais
seulement ceux qui sont passés dans les rayons de Dame Ingrid finissent par sombrer dans l’éclipse de leur
carrière, s’ils faillissent à des desiderata. Aujourd’hui, c’est l’ex
ministre de la coopération qui se trouve au centre de la polémique. Il
n’est pas né pour être ministre, il a fait cinq ans avec son frère et ami
le président qui peut le solliciter ailleurs et nous continuerons de
croire que l’humeur et les
pulsions ne devraient pas être la cause de décisions d’Etat et tout citoyen
obtiendra ce qu’il mérite en toute responsabilité.
Pascal Bodjona, la lune de
miel
Le nom du porte-parole du Gouvernement ne serait pas
paru dans ce dossier si le magazine International La lettre du Continent ne
l’avait pas cité comme l’une des personnes de confiance de dame Ingrid.
Dans sa parution, la lettre du Continent explique que Ingrid Awadé compte
lancer un mouvement politique de soutien à Faure Gnassingbé. Ce projet est
aussi vieux que mathusalem. Le Président devrait créer son parti même avant
les dernières élections législatives, mais c’est en raison de certaines
contraintes liées notamment au RPT que cela n’a pu se faire. Un courant
d’amis, proches de Faure étudie encore ce projet qui servira à débarrasser
le Président engagé dans des réformes du Karma assez lugubre que le RPT
subi et qu’il est obligé d’assumer contre son gré. C’est normal que Pascal
Bodjona, Secrétaire aux affaires politiques du RPT s’attache à une dame,
très intime du Président pour soit faire capoter cette initiative si cela
n’arrange pas son président ou la soutenir si cela lui fait du bien.
Mais dans ce cas précis, Pascal Bodjona qu’on connaît
comme animal politique, rusé et fin stratège, voire espiègle pourra t – il
lui aussi mordre et tomber dans le piège ?
C’est pourquoi, la proximité dont parle la lettre du
Continent a beaucoup plus son sens sur le plan politique et nous osons la
baptiser la Lune de miel qui pourra arranger une situation pour le
président ou dans le pire des cas la fracasser et dans tout les cas, l’épée
de Damoclès pèse sur Pascal qui pourra si imprudence il y a, tomber en
disgrâce comme ses prédécesseurs, ou continuer à s’imposer comme
aujourd’hui. Les lendemains d’une lune de miel ont toujours ces deux
aspects.
Les cas
d’école
Le pouvoir politique dans la plupart des pays du monde se
fonde sur des polémiques au centre desquelles se trouve souvent la femme.
De Louis XIII à Nicola Sarkozy en France, de Georges Washington à Barack
Obama aux Etats Unis en passant par Bill Clinton, les références faites de
la dame de fer ivoirienne, épouse du président, les polémiques organisées
autour du Président Yayi Boni et sa Ministre chargée des micro crédits,
sont autant d’exemples qui corroborent le fait que le pouvoir est
intimement lié à la femme et à l’argent. Et dans la plupart des cas, c’est
la dextérité et la présence d’esprit de l’homme du pouvoir qui maintient
l’équilibre. Si le dirigeant se laisse trop aller à la femme, c’est le
déluge. S’il s’engage dans la bataille pour de l’argent et rien que de
l’argent, c’est la catastrophe.
Leçon pour nos dirigeants dont les règnes restent
dominés par l’influence des dames de fer, qui au lieu de protéger le
pouvoir, le fragilisent et finissent par le couler.
Affaire à suivre
Carlos
KETOHOU