« Le gouvernement togolais,
malgré l’option libérale affirmée depuis 1995, a toujours
contrôlé la fixation des prix
de certains produits fabriqués en situation de monopole ou qualifiés de
stratégique. Il s’agit notamment du ciment, des carburants, de la bière et
de la farine de blé. Concernant particulièrement les produits pétroliers,
malgré l’existence depuis l’année 2002 des mécanismes d’ajustement
automatique des prix à la pompe, l’Etat a toujours administré les prix sans
répercuter l’évolution réelle des cours mondiaux du pétrole et du dollar,
monnaie de transaction des prix à la pompe… Depuis le 02 juillet 2009,
date de la dernière modification des prix à la pompe au Togo, les prix sur
le marché international ont connu une hausse conjuguée de 33%. Ainsi le
gouvernement a décidé d’ajuster les prix à la pompe comme suit à compter du
samedi 19 juin à 0h : Super sans plomb : 580FCFA le litre contre
505F
auparavant, gaz-oil 575F contre 500F, le pétrole lampant
475F
contre 390F, le mélange deux temps
650F
au lieu de 555F.
[ … ] A compter du 17
juin 2010, l’offre hebdomadaire pour le marché local est de 20 mille tonnes
pour les deux cimentiers réparties égalitairement 10 mille tonnes à
chacun …»
Voilà un extrait de la
déclaration du ministre Gozan qui suscite beaucoup d’émotion et
d’indignation au sein de la population. Dans les stations d’essence les
injures ne font que pleuvoir. Le super sans plomb, le gasoil, le pétrole
lampant et le mélange ont vu leurs prix augmenté de 15 à 22%. Et pour
justifier cette augmentation, le ministre Gozan a évoqué la flambée du
cours du pétrole qui a atteint 78 dollars US le baril. Il a déclaré par
ailleurs que la politique de subvention des prix adoptée par le
gouvernement a engendré d’énormes dettes à l’Etat vis-à-vis des sociétés pétrolières menaçant
parfois dangereusement l’approvisionnement du pays et la continuité des
activités économiques.
Les arguments du ministre Gozan
ne tiennent pas debout. M. Gozan a oublié dans sa déclaration de préciser
le montant des subventions faites par l’Etat. S’il avait l’occasion de le
dire, il donnerait peut-être trois, cinq, dix milliards de F CFA ou plus et
c’est selon.
Et si l’on suppose que l’Etat
subventionne les produits pétroliers à hauteur de 10 milliards par an et la
population togolaise est évaluée à 7 millions d’habitants, les calculs
donnent sans ambages une subvention moyenne de 1430F par an et par
habitant.
Cette moyenne est insignifiante
au regard des richesses nationales. Mais ce serait irréaliste de la part du
gouvernement de dire qu’il a subventionné les produits pétroliers jusqu’à
dix milliards au cours d’une année. Au cas où ce montant est atteint, cela
n’affecte en rien le produit Intérieur Brut du Togo. Certes les produits
pétroliers ne sont pas les seuls que l’Etat subventionne mais cette
augmentation ne se justifie pas. Au Togo où les crimes économiques sont
monnaie courante, les détournements d’une ou deux personnes dépassent
largement ce montant destiné à la subvention des produits pétroliers pour
toute une population de 7 millions d’hommes.
La plupart des stations d’essence
au Togo appartiennent soit aux anciens dignitaires qui ont pillé
allègrement les ressources du pays. On dirait que les augmentations des
prix des produits pétroliers sont le fruit d’une concertation des
propriétaires de ces stations d’essence en complicité avec les autorités
qui sont aux affaires. Et c’est toujours le bas peuple qui en pâtit avec
l’intensification de la misère au moment où les propriétaires jouissent des
délices de leurs bénéfices.
Si de par le passé, les
augmentations du prix des
produits pétroliers a épargné le pétrole lampant, cette fois-ci il est
aussi emballé. Le prix du litre passe de 390F à 475F, soit une
augmentation de 85F ou 22%. Cela veut dire que le
dernier Togolais qui se trouve dans une ferme retranchée de Cinkassé et qui
refuserait de prendre les engins à deux ou à quatre roues subira coûte que
coûte cette
augmentation.
Les justifications du ministre
portent à croire qu’il incrimine les subventions mais blanchit les détournements et les
déficits budgétaires comme si ceux-ci n’en sont pour rien dans la création
des dettes de l’Etat. C’est se comporter en mauvais économiste et flouer le
peuple.
L’autre surprise c’est la
limitation du stock de ciments à fournir au peuple Togolais.
Une mesure qui donne du fil à
retordre aux bâtisseurs. Selon le ministre, les sociétés WACEM et CIMTOGO
ne livreront plus que 20 mille tonnes de ciments comme offre hebdomadaire à
la population togolaise, cette offre devant être répartie équitablement
entre les deux sociétés. Vu les besoins qu’éprouvent le marché local, l’on
se demande si cette quantité de ciment que le Togo même produit à
suffisance et qu’il exporte d’ailleurs vers les pays de l’hinterland pourra
satisfaire la population. L’opinion nationale a du mal à comprendre une
telle mesure. Le ciment se raréfie au Togo alors qu’il se trouve en
abondance dans les pays que le Togo approvisionne. Une situation difficile
à comprendre et à digérer par les consommateurs togolais. Les
autorités expliquent cette situation par les spéculations tous azimuts.
Pour pallier à cela, le ministre a déclaré que les 20 mille tonnes seront
réparties sur l’ensemble du territoire avec un quota revenant à chacun des
cimentiers. Et pour assurer la traçabilité de l’approvisionnement en
ciment, il a avoué que des équipes seront sur place dans chaque localité,
appuyées par les forces de l’ordre, et procéderont à un contrôle des ventes
chez les détaillants qui doivent disposer dorénavant d’un carnet de vente
dans lequel seront mentionnées les coordonnées des
clients.
Face à cette augmentation du prix
des produits pétroliers, l’Association Togolaise des Consommateurs (ATC)
devrait sortir de sa coquille pour jouer le rôle qui est le sien. Depuis
2008 où les Togolais subissent la vie chère, les gouvernants ne font montre
que d’une indifférence caractérisée qui frise le cynisme. Les augmentations
de 3% des salaires et la suppression des Impôts sur le Revenu des Personnes
Physiques (IRPP) observées entre-temps chez les fonctionnaires n’arrivent
pas à endiguer la misère dans leur rang. La situation est plus alarmante
chez les paysans et les diplômés sans emplois.
En clair l’augmentation du prix
des produits pétroliers ne fera qu’exacerber la paupérisation au sein de la
population où plus de 80% vivent avec moins d’un dollar par jour. Le bon
sens recommande que les décisions se prennent pour le bien des populations,
et non le contraire.