« Dans ma déclaration du 27
Avril 2010 à l’occasion du 50è anniversaire de la proclamation de
l’indépendance du Togo, j’invitais tous les acteurs politiques à un courage
et à un dépassement de soi pour relever les défis de développement
économique de notre pays. Passant de la parole à l’acte, j’ai signé
aujourd’hui, 26 mai 2010, au nom de l’UFC, un accord politique pour une
participation à un gouvernement de redressement national, dans un esprit de
partage du pouvoir avec le Rassemblement du Peuple Togolais
(RPT)… »
Voilà les mots qui ont scellé
l’alliance entre Gilchrist Olympio et Faure Gnassingbé. Cet accord qui est
intervenu 5 ans après que Faure Gnassingbé accède au pouvoir à l’issue de
la mort de son père et réélu dans des conditions peu orthodoxes mérite un
décryptage méticuleux.
Un accord qui a des racines
lointaines
Depuis l’assassinat de Sylvanus
Olympio le 13 janvier 1963, ses fils en l’occurrence Gilchrist sont animés
d’un esprit de vengeance. Mais à cette époque, il avait à peine 27 ans donc
relativement jeune pour pouvoir engager une lutte armée contre le régime au
pouvoir.
Il avait pris tout son temps à
préparer une revanche. Depuis Londres où il vivait, des actions de
destabilisations étaient menées contre le régime militaire qui sévissait au
Togo. Des coups ont été déjoués par les services de renseignements du feu
président Eyadema. En témoigne les attaques du 23 septembre 1986, du 03
décembre1994 contre la primature, la mutinerie de Janvier 1993 qui a coûté
la vie au Général Améyi… D’autres actions de perturbations du régime
intentées se sont soldées par un fiasco.
Dans les années 90 avec le vent
de la démocratie qui a soufflé, on assista au pluralisme politique avec la
signature de la charte des partis politiques en 1991. Après la dissolution
du Front d’Action pour le
Renouveau (FAR) et le Collectif de l’Opposition Démocratique (COD II) des
partis comme le CAR et l’UFC ont été créés.
Gilchrist Olympio voulait coûte
que coûte renverser le régime RPT. Mais le Togo étant une ex-colonie
française, il lui fallait l’onction de la métropole. C ‘est ainsi qu’il
quitta Londres pour s’installer à Paris afin que les négociations soient
plus rapides et sincères. Il a compris que la lutte armée n’était pas
payante à rencontrer de façon formelle et informelle les autorités
françaises. Au même moment, les négociations ont lieu avec Eyadema.
Gilchrist a toujours désiré des rencontres à deux entre lui et Eyadema pour
trouver des mesures appropriées à la crise profonde qui se secoue le pays.
Ces rencontres n’ont jamais pu avoir lieu jusqu’à la mort de Eyadema en
2005. Les autorités françaises soufflant elles aussi le chaud et le froid.
Elles ne faisaient pas confiance aux promesses de Gilchrist. La toile de fond de cette lutte
quarantenaire était non seulement l’accession au pouvoir mais aussi la
récupération de la fortune de feu Sylvanus bloquée dans les banques suisses
et dont le déblocage est conditionné à la signature du président en
exercice au Togo.
La Communauté Sant’Egidio a posé les
jalons
Comme les négociations au niveau
des politiques traînent les pas, les religieux ont été mis à contribution.
La Communauté
Sant’Egidio a provoqué des rencontres des membres des deux
parties en conflits, la mouvance et l’opposition. L’Eglise catholique et
même la haute hiérarchie ont toujours appelé les uns et les autres à la
retenue.
Le décès du président Eyadema a
été un élément catalyseur de cet accord du 26 Mai
dernier.
A la suite de ce décès la
transition était confiée à Faure par les militaires puis à Abass Bonfoh
pour assumer l’intérim et rétablir l’ordre constitutionnel. Des élections
présidentielles étaient organisées pour la succession de feu Eyadema.
Quatre candidats étaient en lice : Faure Gnassingbé, Nicolas Lawson,
Harry Olympio et Emmanuel Bob Akitani, candidat de l’UFC soutenu par
l’opposition traditionnelle. Le scrutin était prévu pour le 24 Avril 2005.
Alors que Gilchrist Olympio n’était pas candidat à la surprise des autres
leaders et de l’opinion nationale, celui-ci s’était rendu le 25 avril à
Abuja pour rencontrer Faure Gnassingbé. Les jalons de l’éventuel accord
étaient déjà posés sous l’œil vigilant de Oluségun Obasanjo, le président
nigérian d’alors. La rencontre en tête à tête tant voulue avec le père, a
finalement lieu avec le fils. Les négociations dans les coulisses se
poursuivaient entre les deux personnalités.
Dans la foulée, Faure Gnassingbé
élut dans la contestation générale en 2005 a été reçu par le nouveau Pape
Benoît XVI qui avait ses yeux braqués sur la situation politique togolaise.
De sources proches du Vatican, les deux acteurs, Gilchrist et Faure
auraient signé au Vatican un accord de cohabitation.
En vertu de cet accord, quelle
que soit l’issue du scrutin présidentiel de Mars 2010, l’Union des Forces
de Changement rentrerait au gouvernement. C’est pourquoi à l’issue de ce
scrutin, Benoit XVI a pris la peine de féliciter Faure
Gnassingbé.
Gilchrist, attitude de duplicité et volonté de
nuire
Dès le début de 2009, cinq députés UFC ont élaboré
des stratégies devant permettre de remporter le scrutin de 2010. Pendant
que le trio Gilchrist Olympio – Jean-Pierre Fabre – Patrick Lawson
négociait avec les membres du CAR afin de dégager une candidature unique de
l’opposition, ces députés parmi lesquels, l’honorable SEGLA et Mme SOKPOLI
se sont mis à l’œuvre. Pour exécuter leurs stratégies, ils ont eu à
rencontrer leur leader Gilchrist Olympio. Leur proposition était de rallier
à la cause de candidature unique de l’opposition, six partis politiques du
Nord et six autres au Sud.
Pour eux, le soutien de ces douze
partis suffirait pour renverser le RPT. Et si le candidat de l’UFC arrivait
au pouvoir, les 12 leaders de ces formations seraient nommés ministres et
Me Agboyibo du CAR, deuxième parti de l’opposition, aurait la primature. Un
gouvernement de 25 membres serait formé. Au début, l’idée était accueillie
à bras ouverts par Gilchrist Olympio. Les concertations se poursuivaient
jusqu’au jour où ces cinq députés ont été ramassés par leur leader à son
domicile situé à Tokoin Collège Protestant. La députée Sokpoli était
retournée, après cet incident, accompagnée de son mari voir Gilchrist. Pour
une seconde fois, elle a été criblée d’invectives par le septuagénaire. Et
pour cause, Gilchrist n’épouse plus l’idée de regroupement de partis autour
de l’UFC. Il estimait que son parti était suffisamment grand pour affronter
le RPT. C’est ce qui avait bloqué à l’époque les discussions avec le
CAR.
En décembre, il s’était rendu à
Paris avant son départ pour les Etats-Unis où il était surpris par la
maladie. Cette maladie qui l’avait empêchée de se présenter au scrutin de
Mars, a été la pomme de discorde entre lui et Jean-Pierre FABRE, son
secrétaire général.
Certes, Gilchrist était le
candidat désigné par le parti depuis le congrès de juillet
2008.
A cause de cette maladie, le bureau politique s’était
réuni à quatre jours de la date limite du dépôt des candidatures pour
trouver une candidature de rechange. Une élection interne a eu lieu au
siège du parti entre dix-sept membres du bureau politique. C’était à
l’issue de cette consultation interne que le nom de Jean-Pierre Fabre
s’était dégagé.
Dans la précipitation,
Jean-Pierre Fabre a constitué son dossier qu’il déposa tard dans la nuit du
15 Janvier 2010, date butoire pour le dépôt des
candidatures.
Malgré la candidature de
Jean-Pierre Fabre et le délai dépassé, on avait appris de sources proches
de la CENI
le 17 Janvier que Gilchrist a envoyé son dossier qui manquait toujours du
quitus médical des médecins assermentés togolais, estimant qu’il était en
discussion avec les autorités togolaises pour l’acceptation de son dossier
en lieu et place de celui de Fabre.
Après cet imbroglio, il était
revenu à Accra pour demander une explication à ses lieutenants basés à
Lomé. Le rendez-vous était pris et la délégation de Lomé s’était rendue à
Accra. Là Jean-Pierre FABRE s’est mis à genoux et a tenté d’expliquer, à chaudes larmes
et pendant près de 45 minutes
les nécessités du dépôt de sa candidature et a demandé pardon à son mentor.
Celui a opposé une fin de non recevoir : «Tu as pris ma place et
je ne te pardonnerai pas », a-t-il lancé au visage de son
secrétaire général. Il avait décidé depuis lors de prendre la revanche et
de rendre la vie dure à Fabre. A son retour à Paris et lorsqu’il s’était
agit de la rencontre qui devrait consacrer la création du Front Républicain
pour l’Alternance et le Changement (FRAC) autour d’un candidat unique de
l’opposition, Gilchrist a donné purement et simplement sa caution à Me
Agboyibo au grand dam de Jean-Pierre Fabre. Du pain béni pour le bélier
noir revenu à Lomé, requinqué de ce soutien de son adversaire Fo Gil pour
donner une conférence de presse. Ce nouveau développement de la situation
politique a créé davantage la distance entre Gilchrist et sa base à Lomé.
C’est ce qui a expliqué son
attitude de réserve lors de la campagne électorale où il s’était fait prier
avant de faire figuration le dernier jour de la campagne au stade municipal
de Lomé et disparaître subrepticement très tôt au lendemain du
scrutin.
Le seul mot qu’il a laissé aux Togolais était que Jean Pierre Fabre sache perdre
les élections, une phrase qui prouvait à suffisance que la rupture était
véritablement consommée. Durant tout ce feuilleton, les liens entre
Gilchrist et Faure se resserraient.
Pour mettre les points sur les « i » Gilchrist était
reçu en Mai dernier au palais de la présidence pour une discussion avec
Faure. Le fruit de cette rencontre est la signature de l’accord du 26 mai
et l’entrée au gouvernement de 7 amis de Gilchrist.
Désormais Faure respectera
l’engagement de signer les documents devant permettre à Gilchrist Olympio
de rentrer en possession des
certains fonds secrets qui demeurent depuis des décennies dans les banques
suisses. Voilà comment Gilchrist a concrétisé son alliance avec Faure après
quatre décennies de lutte. Il a acquis à sa cause 07 députés sur les 27 du
groupe parlementaire UFC qui auraient perçu chacun deux millions pour
assister à la présentation du discours programme. Deux millions
gracieusement offerts par un ministre influent du pouvoir
RPT.
Gilchrist Olympio, la dernière
incongruité
Le 15 juin dernier, le leader
« exclu temporairement » de l’Union des Forces de Changement
(UFC), Gilchrist Olympio a adressé une lettre circulaire aux organes du
parti à savoir le bureau national, les fédérations, les ministres et les
députés qui sont d’ailleurs convoqués à une réunion d’échanges qui aura
lieu le 07 juillet 2010 à 17 heures à son domicile à Tokoin Collège
Protestant. Il a fait ampliation de cette lettre au ministère de
l’administration territoriale.
Dans cette lettre, il a composé
un nouveau bureau national du 16 membres dont figurent Patrick Lawson et
Jean-Pierre Fabre qui n’ont pas changé de poste et un comité des sages
formé de 10 membres.
Comme quoi, le leader est décidé,
dans la déraison volontaire et la dérive suicidaire à aller jusqu’au bout
de la destruction de son propre parti, phénomène de l’animal qui se nourrit
de son propre fils.
Voici la liste des membres du nouveau
Bureau national de l’UFC
Président : M. Gilchrist
Olympio
1er vice-président M. Patrick
Lawson
2ème vice-président : Kalakouley
Brim Diabacté
3ème vice-président : Emmanuel
Kakou
Secrétaire général : Jean-Pierre
Fabre
Secrétaire général Adjoint : Mme
Elise Zotsi
Secrétaire à l’organisation :
Robert Olympio
Porte-parole du parti : Eliot
Ohin
Trésorier général : Octave
Anthony
Trésorier Général adjoint : Mme
Dorian Olympio
Conseillers
Seth Wilson
Djovi Gally
Crosby Quist
Togoto Agbodan
Guégué Gertrude A Divi
Yempabou
Laré
Président d’honneur: Bob
Akitani
Comité des
sages
Présidente : Dopé Atakpameto
Haden
Membres
Godwin
Tete
Aladji Taïrou
Mama
Seth
Wilson
André Kuévi
Ahlin Bruce
Togoto Agbodjan
Marthe Beléi
Kokou
Akakpo
Pierre
Jimongo
Conseillers spéciaux
Eric Amerding
Me Georges Latévi Lawson