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  EDITORIAL
MINISTRES DEVANT LES DEPUTES/ LES A-COTES QUI FONT MARRER
Les nouveaux ministres du Gouvernement Houngbo II étaient devant l’assemblée vendredi dernier pour présenter la Déclaration de Politique Générale. Au-delà du sérieux qui devrait marquer cette cérémonie solennelle, le palais des congrès avait fait l’objet des scènes qui devraient faire marrer les invités à cette cérémonie. Le décor, au niveau des ministres, le Premier Ministre devant comme accusé à la barre, derrière, les ministres assis en rangs d’oignons comme des ouailles, par ordre de grade, suivant le protocole. Les plus importants, à partir des Ministres d’Etat aux moins importants, aux ministres délégués.   Lire...
 
  

TRIBALISME CLANIQUE AMBIANT AU TOGO : « TOUT » POUR UNE POIGNEE D’INDIVIDUS DU NORD, « RIEN » POUR LA MAJORITE…
Le tribalisme règne-t-il au Togo ? La réponse est affirmative et le constat est irréfutable. Politique, économie, culture, administration, consultations électorales et vie quotidienne sont constamment influencés par la question ethnique. Certaines ethnies, minoritaires, détiennent tous les postes de responsabilités et les fonctions juteuses, alors que d’autres, majoritaires traînent avec presque rien. Une situation injuste, érigée en culture, entretenue et encouragée par le pouvoir de Faure Gnassingbé qui fait l’objet d’interprétations et de comportements divers. Curieusement, ce n’est pas la totalité de l’ethnie qui en bénéficie, mais une poignée d’individus, constituée en clan et en réseau qui dilapide impunément les ressources de l’Etat togolais et qui tente d’empêcher les citoyens d’en parler. La justification faite de la plainte en interdiction introduite par la HAAC au tribunal à l’endroit de certaines radios réveille les vieux démons de la gestion clanique du pays, qui suscite inquiétudes et désagréments. Analyse

L’un des sujets qui alimentent l’actualité au Togo ces derniers temps est la  fréquence des plaintes contre journalistes et organes de Presse au Togo. La dernière sortie est celle de la HAAC qui a adressé une requête au tribunal en suspension des émissions sur certaines radios. Interpellé sur la question, le Président de la HAAC a énuméré un certain nombre de faits qu’il juge contraires à la déontologie et au code de la Presse. Il a corroboré son argumentation par le fait que ces émissions font état de la présence abusive de l’ethnie du Chef de l’Etat dans la plupart des institutions de l’Etat. Il évoque l’incitation à la haine tribale pour interdire ces émissions. Ce faisant, il se donne raison d’avoir pris une initiative républicaine. Or, en évoquant ce prétexte, M. Philippe Evegno tombe dans le piège du cercle vicieux d’un débat aussi vieux que Mathusalem, celui du tribalisme au Togo qui a ses facettes, qui se développe et qui s’accentue. Il finit par être au centre des problèmes liés à la réconciliation  entre les Togolais et l’instrument du pouvoir à se maintenir par la force et la fraude. La Vérité étant  la première obligation du journaliste, il est aujourd’hui important de recentrer ce problème de la domination d’une ethnie minoritaire sur l’ensemble du peuple togolais et inciter les autorités à trouver les pistes d’un rééquilibrage de la répartition des biens du pays.

 

 

Le tribalisme règne et est entretenu au Togo

 

Lorsque dans les émissions radio, les journalistes, autant que les auditeurs disent que l’ethnie Kabyè, celle du chef de l’Etat est présente dans toutes les administrations, ils n’ont fait que dire tout haut ce qui est constaté et se dit tout bas. C’est une vérité indéniable qui n’est point une incitation à la haine tribale mais une interpellation à la prise de conscience sur une situation dont la perdurée risque d’entacher sérieusement la cohésion nationale.  La question ethnique au Togo est très délicate. La poignée de personnes d’ethnie Kabyè qui occupe les administrations ne représente pas tous les Kabyè qui aussi sont en majorité victimes de la mauvaise répartition des richesses de l’Etat. C’est la nuance qui permet de conclure qu’au delà de l’ethnie Kabyè ciblée tout simplement parce qu’elle incarne le pouvoir d’Etat, c’est magnifiquement, un groupe de personnes qui se sont constitués en clan pour mettre systématiquement la main, avec la bénédiction du pouvoir politique, sur le pays, en toute impunité. Les exemples sont légion.

 

Les faits qui démontrent la réalité

 

Le Président de la République togolaise est de l’ethnie Kabyè du Nord du Togo. Le Premier Ministre qui est d’Agbandi est du Nord en matière d’appartenance  au groupe ethnique. Le Président de l’Assemblée Nationale est Bassar, du nord du Togo. Le Président de la Cour Constitutionnelle, le Procureur de la république, le Président de la Cour Suprême, le Procureur Général sont tous du même groupe ethnique.

Au niveau des sociétés d’Etat ; les Directeurs Généraux de Togotélécom, de la Douane, des Impôts, des poumons de l’économie togolaise sont Kabyè. 

Le port qui était dirigé par le sieur Adégnon Fogan du Sud Togo se voit de plus en plus confié à Rock Gnassingbé, demi frère du Chef de l’Etat.

La Société des Postes, TogoCellulaire, la CEET, la Société Nationale des Phosphates du Togo sont dirigées par des ethnies du nord du Togo.

Au niveau de l’armée, le fait est flagrant, le chef d’Etat major Général des Forces Armées Togolaises, le Directeur de la Gendarmerie, le Directeur de la Police, le Directeur du Corps des Sapeurs Pompiers, le Chef d’Etat major particulier du Chef de l’Etat etc. appartiennent à une ethnie du nord du Togo.

Cette représentation concentrée des ethnies du nord particulièrement les Kabyè à la tête des sociétés entraîne automatiquement la présence en quantité industrielle des fonctionnaires et  autres agents de ces ethnies dans les sociétés. Ce qui fait d’ailleurs  parfois qu’il est facile d’entendre circuler la langue Kabyè qui devient le mot de passe.

Dans la plupart des recrutements au sein de l’administration, la prédominance des noms à consonance des ethnies du Nord est perceptible. C’est la réalité qui attire l’attention des observateurs sur la répartition des richesses de l’Etat.

 

Les origines de cette « ethnisation » à outrance

 

Les origines de cette situation ne sont autres que politiques. Le problème a été faussé déjà à la base avec la politique de Sylvanus Olympio qui avait l’obsession du regroupement des collectivités Ewé au sein d’un seul territoire dénommé Ewéland. Cela a sans doute provoqué des frustrations au sein des autres ethnies qui commençaient déjà à prendre des allures sécessionnistes craignant les conséquences de la réalisation du rêve de Sylvanus Olympio. C’est ainsi que dans les années 60, on connaissait déjà des associations et mouvements qui regroupaient ou bien les Chefs traditionnels du Nord, ou les populations du Nord. Ceci a développé des mentalités de survie et de protection des ethnies respectives qui se méfiaient les uns des autres et qui cherchaient à préserver une identité.

Après l’assassinat de Sylvanus Olympio, le général Eyadéma, bien qu’entouré de cadres du Sud, a réussi à imposer son ethnie à tout un peuple, tout en brimant les autres par des actes et faits qui encouragent la question ethnique. Gnassingbé Eyadéma à l’époque se donnait le luxe de recevoir des étudiants, cadres, femmes ou autres ressortissants du nord et les entretenaient avec des discours basés sur la division ethnique. C’est ainsi que les administrations étaient bourrées des fonctionnaires issues des localités du nord, même si ceux-ci n’avaient pas les compétences requises.

C’est ce qui a perpétué la culture de ce qui est appelé en néologisme Kabyè, le « mèdèfrèrisme » c'est-à-dire la culture de mon frère d’abord, quelque soit son incapacité à répondre à un poste de responsabilité. Gnassingbé Eyadéma a ouvert les vannes d’un tribalisme que le pouvoir de Faure n’a pas pu éradiquer. En exemple, toutes les régions du Togo connaissent des fêtes traditionnelles. Mais la coutume imposée par Gnassingbé Eyadéma fait de la fête des Kabyè, Evala la plus importante, où tous les moyens de l’Etat sont mobilisés pour la circonstance. Ministres, députés, Directeurs Généraux, Chefs services sont invités aux luttes traditionnelles qui durent une semaine entière avec la présence effective du Chef de l’Etat. C’est la tradition qui se perpétue avec un relai médiatique imposant sur les chaînes nationales financées par le contribuable. La même mobilisation n’est pas faite autour des  fêtes traditionnelles des autres ethnies, cela crée déjà une frustration.

 

La réalité « Faure » du tribalisme.

 

L’administration Faure, loin de chercher à radier la culture tribaliste dans l’attribution des postes au niveau des sociétés, l’a laissée perpétuer en la doublant d’un nouveau mode : celui de la nomination des amis, copains et copines à des postes de responsabilités. Ce qui fait aujourd’hui de l’administration togolaise,  un groupe de personnes qui se connaissent et qui ont des relations certaines. Beaux frères ou belles sœurs, copains ou copines, anciennes épouses du Président Eyadéma et familles, etc.  

Cette réalité ne favorise pas le développement d’un pays et est combattue non seulement au nom des tendances ethniques mais au nom des injustices subies.

C’est pourquoi, l’on pourra voir des tendances radicalement opposées au pouvoir de Faure mais qui appartiennent à l’ethnie Kabyè. Même si on ne conçoit pas qu’un homme du Nord puisse être opposant au régime.

 

Les cas d’exception

 

A coté du clan formé autour du pouvoir politique pour dilapider les biens de l’Etat, il existe une majorité écrasante qui subit les dérives dans la gestion de l’Etat. Dans cette majorité, se situe en bonne place des populations innocentes qui viennent du Nord et particulièrement de l’ethnie Kabyè que le pouvoir politique a pris en bouclier pour ses manœuvres. Beaucoup de Kabyè ne sont pas aussi d’accord avec la façon dont les choses se passent. Ils sont victimes sur tous les plans. D’ailleurs pendant 38 ans de  règne de Gnassingbé Eyadéma, il n y a pas eu d’effort en ce qui concerne le développement et l’épanouissement du nord du Pays, en particulier la région de la Kara.

C’est pourquoi, il est facile de voir des populations extrêmement pauvres qui ont pour habitations des taudis à quelques mètres du domicile luxueux de Pya où coulent le vin et le miel et où se gaspillent de l’argent, des biens de l’Etat à volonté.

Si le tribalisme avait un sens assez élargi, on aurait pu constater le développement de la région septentrionale au détriment du Sud. Les infrastructures au nord sont  effroyables et n’attirent pas l’attention des autorités. Cela veut dire en d’autres termes que le tribalisme organisé par le pouvoir est basé sur l’accaparement par une poignée d’individus et pour les intérêts personnels des biens et  des richesses de l’Etat  au détriment de toute une nation.

Mais malheureusement, dans sa méchanceté, cette poignée d’individus met en avant-garde l’ethnie Kabyè qui en majorité est victime d’une situation qui a plutôt une allure nationale.

Dans les conditions normales, le pouvoir politique devrait rééquilibrer la répartition des richesses de l’Etat togolais qui appartient à tous.

La nomination assez fantaisiste des frères et sœurs, des copains et copines, des beaux frères et belles sœurs, des cousins et cousines tous proches du Président de la République fait de la gestion du pays une gestion clanique.

Un pouvoir mené par un système incarné par un groupe maffieux qui n’a d’intérêt que le vol et le pillage des ressources de l’Etat et qui a pour armes les canons et les mitraillettes pour brimer les contestataires. Un pouvoir qui se donne  pour instrument des institutions inféodées à l’image de la Justice et la HAAC qui se donnent des missions totalement décousues destinées à protéger et à défendre la dilapidation faite au Togo. Tout ceci pour exercer l’injustice et  l’arbitraire sur tout un peuple.

La Commission Vérité Justice et Réconciliation devrait commencer à amener les gouvernants à revoir la répartition des biens de l’Etat  plutôt que de rester à tourner en rond pendant des mois sans véritablement savoir par où commencer ses activités.  

Quant aux autorités qui disent se soucier de la réconciliation entre les Togolais, il leur faut avoir  le bons sens qui leur recommande de commencer à dépoussiérer les institutions de l’Etat et les administrations qui sont trop concentrées en ethnies qui fonctionnent comme des maffieux. La paix  et la cohésion sociales passent par là.

 

Carlos KETOHOU

ACP-INTER
 
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