L’un des sujets qui alimentent
l’actualité au Togo ces derniers temps est la fréquence des plaintes contre journalistes et organes de
Presse au Togo. La dernière sortie est celle de la HAAC qui a adressé une
requête au tribunal en suspension des émissions sur certaines radios.
Interpellé sur la question, le Président de la HAAC a énuméré un certain nombre de
faits qu’il juge contraires à la déontologie et au code de la Presse. Il a
corroboré son argumentation par le fait que ces émissions font état de la
présence abusive de l’ethnie du Chef de l’Etat dans la plupart des
institutions de l’Etat. Il évoque l’incitation à la haine tribale pour
interdire ces émissions. Ce faisant, il se donne raison d’avoir pris une
initiative républicaine. Or, en évoquant ce prétexte, M. Philippe Evegno
tombe dans le piège du cercle vicieux d’un débat aussi vieux que
Mathusalem, celui du tribalisme au Togo qui a ses facettes, qui se
développe et qui s’accentue. Il finit par être au centre des problèmes liés
à la réconciliation entre les
Togolais et l’instrument du pouvoir à se maintenir par la force et la
fraude. La
Vérité étant
la première obligation du journaliste, il est aujourd’hui important
de recentrer ce problème de la domination d’une ethnie minoritaire sur
l’ensemble du peuple togolais et inciter les autorités à trouver les pistes
d’un rééquilibrage de la répartition des biens du pays.
Le tribalisme
règne et est entretenu au Togo
Lorsque dans les émissions radio,
les journalistes, autant que les auditeurs disent que l’ethnie Kabyè, celle
du chef de l’Etat est présente dans toutes les administrations, ils n’ont
fait que dire tout haut ce qui est constaté et se dit tout bas. C’est une
vérité indéniable qui n’est point une incitation à la haine tribale
mais une interpellation à la prise de conscience sur une situation dont la
perdurée risque d’entacher sérieusement la cohésion nationale. La question ethnique au Togo est
très délicate. La poignée de personnes d’ethnie Kabyè qui occupe les
administrations ne représente pas tous les Kabyè qui aussi sont en majorité
victimes de la mauvaise répartition des richesses de l’Etat. C’est la
nuance qui permet de conclure qu’au delà de l’ethnie Kabyè ciblée tout
simplement parce qu’elle incarne le pouvoir d’Etat, c’est magnifiquement,
un groupe de personnes qui se sont constitués en clan pour mettre
systématiquement la main, avec la bénédiction du pouvoir politique, sur le
pays, en toute impunité. Les exemples sont légion.
Les faits qui
démontrent la réalité
Le Président de la République
togolaise est de l’ethnie Kabyè du Nord du Togo. Le Premier Ministre qui
est d’Agbandi est du Nord en matière d’appartenance au groupe ethnique. Le Président de
l’Assemblée Nationale est Bassar, du nord du Togo. Le Président de
la Cour
Constitutionnelle, le Procureur de la république, le
Président de la Cour
Suprême, le Procureur Général sont tous du même groupe
ethnique.
Au niveau des sociétés
d’Etat ; les Directeurs Généraux de Togotélécom, de la Douane, des Impôts, des
poumons de l’économie togolaise sont Kabyè.
Le port qui était dirigé par le
sieur Adégnon Fogan du Sud Togo se voit de plus en plus confié à Rock
Gnassingbé, demi frère du Chef de l’Etat.
La
Société des Postes, TogoCellulaire, la CEET, la Société
Nationale des Phosphates du Togo sont dirigées par des
ethnies du nord du Togo.
Au niveau de l’armée, le fait est
flagrant, le chef d’Etat major Général des Forces Armées Togolaises, le
Directeur de la
Gendarmerie, le Directeur de la Police, le Directeur du Corps des
Sapeurs Pompiers, le Chef d’Etat major particulier du Chef de l’Etat etc.
appartiennent à une ethnie du nord du Togo.
Cette représentation concentrée
des ethnies du nord particulièrement les Kabyè à la tête des sociétés
entraîne automatiquement la présence en quantité industrielle des
fonctionnaires et autres
agents de ces ethnies dans les sociétés. Ce qui fait d’ailleurs parfois qu’il est facile d’entendre
circuler la langue Kabyè qui devient le mot de passe.
Dans la plupart des recrutements
au sein de l’administration, la prédominance des noms à consonance des
ethnies du Nord est perceptible. C’est la réalité qui attire l’attention
des observateurs sur la répartition des richesses de l’Etat.
Les origines de
cette « ethnisation » à outrance
Les origines de cette situation
ne sont autres que politiques. Le problème a été faussé déjà à la base avec
la politique de Sylvanus Olympio qui avait l’obsession du regroupement des
collectivités Ewé au sein d’un seul territoire dénommé Ewéland. Cela a sans
doute provoqué des frustrations au sein des autres ethnies qui commençaient
déjà à prendre des allures sécessionnistes craignant les conséquences de la
réalisation du rêve de Sylvanus Olympio. C’est ainsi que dans les années
60, on connaissait déjà des associations et mouvements qui regroupaient ou
bien les Chefs traditionnels du Nord, ou les populations du Nord. Ceci a
développé des mentalités de survie et de protection des ethnies respectives
qui se méfiaient les uns des autres et qui cherchaient à préserver une
identité.
Après l’assassinat de Sylvanus
Olympio, le général Eyadéma, bien qu’entouré de cadres du Sud, a réussi à
imposer son ethnie à tout un peuple, tout en brimant les autres par des
actes et faits qui encouragent la question ethnique. Gnassingbé Eyadéma à
l’époque se donnait le luxe de recevoir des étudiants, cadres, femmes ou
autres ressortissants du nord et les entretenaient avec des discours basés
sur la division ethnique. C’est ainsi que les administrations étaient
bourrées des fonctionnaires issues des localités du nord, même si ceux-ci
n’avaient pas les compétences requises.
C’est ce qui a perpétué la
culture de ce qui est appelé en néologisme Kabyè, le
« mèdèfrèrisme » c'est-à-dire la culture de mon frère d’abord,
quelque soit son incapacité à répondre à un poste de responsabilité.
Gnassingbé Eyadéma a ouvert les vannes d’un tribalisme que le pouvoir de
Faure n’a pas pu éradiquer. En exemple, toutes les régions du Togo
connaissent des fêtes traditionnelles. Mais la coutume imposée par
Gnassingbé Eyadéma fait de la fête des Kabyè, Evala la plus importante, où
tous les moyens de l’Etat sont mobilisés pour la circonstance. Ministres,
députés, Directeurs Généraux, Chefs services sont invités aux luttes
traditionnelles qui durent une semaine entière avec la présence effective
du Chef de l’Etat. C’est la tradition qui se perpétue avec un relai
médiatique imposant sur les chaînes nationales financées par le
contribuable. La même mobilisation n’est pas faite autour des fêtes traditionnelles des autres
ethnies, cela crée déjà une frustration.
La réalité
« Faure » du tribalisme.
L’administration Faure, loin de
chercher à radier la culture tribaliste dans l’attribution des postes au
niveau des sociétés, l’a laissée perpétuer en la doublant d’un nouveau
mode : celui de la nomination des amis, copains et copines à des
postes de responsabilités. Ce qui fait aujourd’hui de l’administration
togolaise, un groupe de
personnes qui se connaissent et qui ont des relations certaines. Beaux
frères ou belles sœurs, copains ou copines, anciennes épouses du Président
Eyadéma et familles, etc.
Cette réalité ne favorise pas le
développement d’un pays et est combattue non seulement au nom des tendances
ethniques mais au nom des injustices subies.
C’est pourquoi, l’on pourra voir
des tendances radicalement opposées au pouvoir de Faure mais qui
appartiennent à l’ethnie Kabyè. Même si on ne conçoit pas qu’un homme du
Nord puisse être opposant au régime.
Les cas
d’exception
A coté du clan formé autour du
pouvoir politique pour dilapider les biens de l’Etat, il existe une
majorité écrasante qui subit les dérives dans la gestion de l’Etat. Dans
cette majorité, se situe en bonne place des populations innocentes qui
viennent du Nord et particulièrement de l’ethnie Kabyè que le pouvoir
politique a pris en bouclier pour ses manœuvres. Beaucoup de Kabyè ne sont
pas aussi d’accord avec la façon dont les choses se passent. Ils sont
victimes sur tous les plans. D’ailleurs pendant 38 ans de règne de Gnassingbé Eyadéma, il n y
a pas eu d’effort en ce qui concerne le développement et l’épanouissement
du nord du Pays, en particulier la région de la Kara.
C’est pourquoi, il est facile de
voir des populations extrêmement pauvres qui ont pour habitations des
taudis à quelques mètres du domicile luxueux de Pya où coulent le vin et le
miel et où se gaspillent de l’argent, des biens de l’Etat à volonté.
Si le tribalisme avait un sens
assez élargi, on aurait pu constater le développement de la région
septentrionale au détriment du Sud. Les infrastructures au nord sont effroyables et n’attirent pas
l’attention des autorités. Cela veut dire en d’autres termes que le
tribalisme organisé par le pouvoir est basé sur l’accaparement par une
poignée d’individus et pour les intérêts personnels des biens et des richesses de l’Etat au détriment de toute une nation.
Mais malheureusement, dans sa
méchanceté, cette poignée d’individus met en avant-garde l’ethnie Kabyè qui
en majorité est victime d’une situation qui a plutôt une allure nationale.
Dans les conditions normales, le
pouvoir politique devrait rééquilibrer la répartition des richesses de
l’Etat togolais qui appartient à tous.
La nomination assez fantaisiste
des frères et sœurs, des copains et copines, des beaux frères et belles
sœurs, des cousins et cousines tous proches du Président de la République fait de
la gestion du pays une gestion clanique.
Un pouvoir mené par un système
incarné par un groupe maffieux qui n’a d’intérêt que le vol et le pillage
des ressources de l’Etat et qui a pour armes les canons et les
mitraillettes pour brimer les contestataires. Un pouvoir qui se donne pour instrument des institutions
inféodées à l’image de la Justice et la HAAC qui se donnent des missions
totalement décousues destinées à protéger et à défendre la dilapidation
faite au Togo. Tout ceci pour exercer l’injustice et l’arbitraire sur tout un peuple.
La Commission
Vérité Justice et Réconciliation devrait commencer à amener
les gouvernants à revoir la répartition des biens de l’Etat plutôt que de rester à tourner en
rond pendant des mois sans véritablement savoir par où commencer ses
activités.
Quant aux autorités qui disent se
soucier de la réconciliation entre les Togolais, il leur faut avoir le bons sens qui leur recommande de
commencer à dépoussiérer les institutions de l’Etat et les administrations
qui sont trop concentrées en ethnies qui fonctionnent comme des maffieux.
La paix et la cohésion
sociales passent par là.
Carlos
KETOHOU